Hannibal- saison 01

HannibalAlors là il faut dire que NBC (la chaîne) et Bryan Fuller (créateur de la série) ont de sacrées bollocks. Adapter Hannibal, il faut oser. Ce monument de la littérature et du cinéma, en particulier avec le Silence des Agneaux, place la barre très très haut. Il y a tellement de fans, le film a tellement marqué, qu’il y a dès lors une très grosse pression et des attentes très importantes. Mission accomplie. La série est une merveille. Elle prend les choses très tôt en fait.

On y trouve l’agent du FBI jack Crawford (celui-là même qui enverra Clarice Starling vers Lecter dans sa cellule) enquêtant sur des meurtres assez gores et qui va aller chercher l’aide d’un agent spécial un peu particulier, Will Graham ; ce dernier a une empathie étonnante avec les tueurs et arrive parfaitement bien, sur une scène de crime, à se mettre dans la peau du coupable pour tenter de le comprendre et donc de dresser son profil. On va lui adjoindre l’aide du docteur Hannibal Lecter, psychiatre renommé, aussi bien pour comprendre le meurtrier que pour le soutenir car ce que vit Graham n’est pas évident. La série va suivre l’évolution de leur relation. Au fil de meurtres violents et de la poursuite d’un serial killer, Graham va s’enfoncer dans les esprits de psychopathes particulièrement cruels, tandis que Lecter guidera ses pas. Autour d’eux, les coéquipiers de Graham, Crawford, une amie psychiatre, la fille d’un tueur, et d’autres, forment une galerie de personnages qui vont participer à cette folle descente en enfer.

La série a tout d’une grande, à commencer par son écriture. Le scénario est aux petits oignons. Qu’il s’agisse de l’arc général ou des intrigues plus ponctuelles de meurtres particuliers. On a une réelle évolution des personnages, de la profondeur, une tension croissante, du suspens, tout ce qu’il faut pour rendre accro. La réalisation est elle aussi d’une grande qualité, avec une grande précision de cadrage, de lumière, de couleurs. Tout est extrêmement travaillé pour donner un rendu de haut vol. On est en terrain « adulte » et les visions d’horreur qui suivent les pas de nos divers tueurs ne sont pas édulcorées. Il y a du sang et des tripes, des mises en scènes ignobles (le totem, les champignons, les anges ou le violoncelle, par exemple) mais qui sont parfaitement justifiées puisque le fond de la série est justement une descente dans les pires noirceurs de l’âme humaine.

Et puis il y a ces acteurs qui font beaucoup aussi, dont le duo principal absolument magistral. Will Graham est interprété par Hugh Dancy, qui réussit à poser ce personnage instable, ambivalent, qui sombre petit à petit dans la folie des hommes qu’il pourchasse ; on sent le personnage fragile, au bord du gouffre en permanence, sur le fil du rasoir, et manipulé. A ses côtés, Mads Mikkelsen reprend le rôle emblématique d’Hannibal Lecter (personnage dont l’interprétation par Anthony Hopkins a fortement marqué les esprits), et ce n’était pas chose facile de s’attaquer ainsi à un tel mythe, le docteur étant quand même l’un des plus grands méchants de l’histoire du cinéma ; il y parvient avec un talent incroyable, donnant au psychiatre cannibale tous ses aspects de charisme, d’esthète, de connaisseur de la psyché humaine, mais en même temps de froide distance, de manipulation, de sociopathe. La grande majorité du public connait Lecter et sait quel monstre se cache sous cette façade à l’apparence si irréprochable, et en cela c’est une véritable réussite que de le voir ainsi ; et puis il cuisine beaucoup, souvent, et l’esprit du téléspectateur ne peut que s’emballer en sachant ce qu’il fait avaler à ses convives. Splendide! Parmi les autres acteurs, on notera de jolies performances, par exemple Caroline Dhavernas (le Dr Bloom), Kacey Rohl (Abigail Hobbs), Gillian Anderson (quel plaisir de la retrouver, en psychiatre de psychiatre), ou Eddie Izzard (Dr Gideon) ; difficile pour eux de briller face aux deux grands numéros d’acteurs du duo précité, mais ils s’en sortent plutôt bien. Je reste plus circonspect sur la prestation un peu fadasse de Laurence Fishburne qui ne me convient que moyennement en Jack Crawford.

Bref, une série brillante qui se place tout de suite dans le haut de l’échelle avec cette première saison qui fait une excellente mise en bouche. Bryan Fuller a déjà prévu le développement sur 7 saisons (si l’audimat suit bien entendu), avec si j’ai bien compris les passages par les livres de Thomas Harris déjà adaptés au cinéma ; l’intrigue ne s’arrêtera donc pas au simple « avant les livres ». Ca promet! Si la suite est du même calibre, on tient là une série qui s’annonce énorme.

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