La neutralité du net doit être préservée

La neutralité du réseau (ou du net, ou du web,…) : une expression qui se répand de plus en plus (très surpris de voir un édito là-dessus dans un quotidien grand public) mais que bien peu de gens comprennent. Et pourtant, dans notre société connectée et internetisée, cette notion est fondamentale. Comme elle commence à être attaquée par différents fronts, il faut peut-être préciser de quoi il retourne et pourquoi elle doit être préservée ; à l’instar de ce qui se déroule en ce moment au Parlement européen par exemple.

Comme souvent avec les notions spécifiques aux nouvelles technologies, on a ici un sujet complexe, difficile à appréhender pour quelqu’un qui n’est pas dedans. Et comme certains font de la très bonne vulgarisation, je vous mets les liens vers cet article en deux parties du site OWNI : La neutralité du réseau pour les nuls, partie 1, partie 2. Vous comprendrez alors très vite de quoi il retourne. Il suffit aussi de reprendre l’illustration ci-contre (cliquer pour agrandir) : Les fournisseurs d’accès doivent me garantir un accès à Internet dans sa globalité (sans restriction), sans surveiller mes données, sans modifier les sites que je visite, et sans ralentir ma connexion pour certains sites. En effet, nos bons FAI rivalisent d’arguments fallacieux et douteux pour limiter les accès à Internet afin d’augmenter leurs marges et de promouvoir leurs propres services. L’accès à Internet est de plus en plus reconnu comme un droit fondamental, celui de l’accès à l’information. L’ONU défend cet accès. Malheureusement les lobbies télécoms ayant le poids qu’on leur connaît, il est très difficile de lutter contre eux ; surtout qu’ils ont souvent cet aspect d’experts que l’on écoute attentivement et que l’on n’ose pas contredire parce que « eux, ils savent ».  faux! Tout comme pour la finance dans un de mes billets précédents, le consommateur doit devenir consommacteur et dire ce qu’il veut dans le cadre des services qu’il paye. Et s’il y a bien une chose qu’il faut refuser, c’est ce contrôle et ce flicage des pratiques sur le net. Voyons quelques exemples de ces risques planant sur la neutralité du web, par exemple en reprenant les différentes étapes du schéma ci-dessus.

Les fournisseurs d’accès doivent me garantir un accès à Internet… Jusque là, rien de très surprenant. Dans FAI, pour Fournisseurs d’Accès à Internet, leur mission est donnée. C’est la base de leur service. S’ils ne le font pas, et bien on passera à autre chose, point.

… dans sa globalité (sans restriction) … De quel droit va-t-on m’empêcher de visiter le site X ou Y? Pourquoi me refuserait-on l’accès à certaines informations? Ah oui, sous le prétexte d’éviter l’accès à des documents illégaux de sales pirates qui téléchargent par exemple. Ou pour restreindre l’accès aux sites rassemblant les terroristes. Bien sûr, on sait que ces gens ne contournent jamais les restrictions imposées et ne sont jamais capables de se débrouiller seuls (vous avez déjà entendu parler de TOR, par exemple?). Finalement, on va cacher les problèmes et tenter de limiter les conséquences plutôt que de s’attaquer à la racine.

… sans surveiller mes données … Est-ce que la Poste lit vos lettres? Est-ce que les facteurs ouvrent tous vos colis? Je ne parle pas de quelques rares postiers indélicats qui peuvent parfois commettre ce genre de chose et s’en trouver sanctionnés, bien sûr, je parle d’une pratique établie de base et généralisée. Et bien c’est ce qui se prépare gentiment de par le monde. Une surveillance permanente, un flicage des données transmises, une vérification de tout contenu échangé sur Internet. Sous le prétexte oh combien louable et sympathique de lutter contre les cyber-pedo-nazis-terroristes, on veut vérifier toute communication de tout un chacun. Sans rappeler aux gens que les vrais durs à cuire viser utilisent des moyens détourner pour échanger leurs infos et parviennent à contourner ces mesures, alors que ceux qui en souffriront seront les utilisateurs lambdas. Un peu comme si on décidait de mettre sur écoute toutes les lignes de téléphone en espérant chopper au hasard des terroristes préparant leur coup et qui discuteraient sur une ligne non sécurisée et sans utiliser de code. Et puis un autre point : ces mesures de surveillance ont un coût certain pour les FAI, coût qui se répercuterait sur… devinez qui? mais oui, le cher  et sympathique abonné, vous et moi!

… sans modifier les sites que je visite … Eh oui, ça aussi c’est possible. Modifier et adapter le contenu du web. Donc selon que l’on soit chez tel ou tel opérateur, nous n’aurions pas accès aux mêmes informations. Il faut dire que les FAI tentent de plus en plus de s’engraisser en proposant des services qui leur sont propres, et donc de vous rediriger vers leurs services à eux plutôt que des sites qui font d’ores et déjà cela très bien. Imaginez que vous envoyez une recherche Google, et que votre FAI ait modifié votre connexion pour que les réponses soient liées à des services qu’il propose (lui ou un partenaire commercial). Non, cela ne doit pas se passer ainsi. Un FAI fournit un accès au web, point. Pas à certains services choisis et consentis qui lui rapportent à chaque utilisation.

…sans ralentir ma connexion pour certains sites. Les FAI arguent de problèmes techniques et de lignes trop légères pour faire passer le flux sans cesse croissant de données. Les sites d’images, de vidées, de génération de contenu, tous sont de plus en plus utilisés, de plus en plus lourds. Oui. Selon eux, d’importants travaux sont nécessaires afin d’améliorer les connexions. Et du coup, pour maintenir le web fluide, deux solutions : investir dans des travaux ou limiter l’accès et la vitesse d’accès à certains sites. Ce qui est quand même scandaleux, surtout que leurs marges sont largement suffisantes pour couvrir ces frais d’aménagement des lignes.

Remettre en question la neutralité du net, c’est donc remettre en question la liberté d’expression et d’accès à l’information, c’est donc remettre en question le droit à la vie privée dans les communications. Les autorités de nombreux pays sont actuellement sous les coups de boutoirs de lobbies de communications cherchant à détruire cette neutralité pour le bien de leurs porte-monnaies. Et ils tentent d’enrober cela sous des termes techniques perdant le législateur pas très au courant du fonctionnement. Il nous faut garder la neutralité du net, c’est une nécessité de nos sociétés démocratiques.

 

 

 

 

 

 

 

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