La passion Van Gogh

J’ai eu l’opportunité l’autre soir d’aller voir l’avant-première de La Passion Van Gogh (Loving Vincent dans la langue d’Alan Lee), un film assez fou sur les derniers jours du célèbre peintre. Présenté comme une enquête, le film part à la rencontre de personnes qui ont rencontré Vincent Van Gogh et qui ont tous leurs explications sur le décès prématuré de cet artiste qui a changé le monde de la peinture. Mais surtout, ce film brille par sa mise en scène puisqu’il est entièrement peint à la main, chaque scène étant constituée d’un tableau peint à l’huile et évoluant à la manière d’un film en stop motion ; oui, un peu comme un Wallace et Grommit / Nightmare before Christmas / Kubo / … mais en peinture. Le tout dans le style de Van Gogh et reprenant des dizaines de ses œuvres pour les animer en quelque sorte. Un travail hallucinant dont le rendu visuel change de tout ce que j’ai vu jusqu’ici. Et comme j’ai eu la chance d’être à une séance en présence de l’un des deux co-réalisateurs qui s’est prêté au jeu des questions-réponses, le tout avec un petit making-of, j’avoue que ça a pris encore plus de sens.

Basé sur des toiles de Van Gogh qui s’animent sur l’écran, le film revient sur des événements de la vie du peintre. L’essentiel se déroule un an après sa mort, mais on a aussi des flashbacks sur la période avant qu’il ne se mette à peindre, et ces derniers sont en noir-blanc (peints aussi), mais du coup sont des interprétations ne partant pas de toiles existantes. On suit les pas d’un personnage dont Van Gogh avait tiré le portaritz mais sur lequel on sait finalement peu de choses ; les scénaristes ont ainsi eu toute lattitud epour inventer leur histoire et amener leur aspect romancé. Avec l’idée d’aller donner une lettre du peintre décédé au frère de ce dernier, Armand Roulin va ainsi se laisser entraîner dans les mystères entourant Van Gogh, devenu peintre sur le tard, et ayant en quelques années amené une vraie révolution au monde de l’art d’alors. Un artiste torturé, pas vraiment sain d’esprit d’ailleurs, qui finira par officiellement se suicider ; mais sur ce point il y a des éléments qui ne collent pas, des contradictions, des témoignages troublants, et les réalisateurs/scénaristes vont jouer là autour afin de nous présenter les diverses possibilités, sans finalement prendre parti. Le film et son contenu ont été adoubés autant par le musée Van Gogh de Hollande que par l’héritier de la famille. On a un petit côté enquête presque policière alors que l’on tente de remonter les fils. Bien plus prenant que ce qu’aurait pu être un simple documentaire.

Techniquement, visuellement, le film est juste bluffant. Sous nos yeux s’animent ces toiles au style si reconnaissable. Travaillées par des dizaines d’artistes de talent, elles prennent vie, et nous entraînent sur les pas d’Armand Roulin. Des acteurs ressemblant aux personnages des portraits ont été utilisés pour poser la base mais ensuite chaque plan a été peint. Pas juste dessiné, mais vraiment peint. Et on n’a pas un système de calques transparents comme dans les dessins animés « à l’ancienne ». Non, ici le tableau est pris en photo, puis l’artiste le modifie en enlevant de la peinture et en redessinant ce qui a bougé, pour une nouvelle photo ; et ainsi de suite avec 12 prises de vue par seconde. Un boulot titanesque mais qui donne une réelle patte au film. Ce n’est pas pour rien qu’il enchaîne les prix dans les festivals.

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