Une semaine sur le web : SOPA, PIPA, ACTA, blackout, Megaupload, Anonymous et tout ça

La semaine passée a été particulièrement chaude sur le front du net et des libertés. J’ai laissé passer le week-end, histoire de souffler un peu et de réfléchir à tout cela (et aussi d’avoir le temps d’écrire ce billet). Beaucoup de choses ont été dites à ce sujet déjà sur pas mal d’autres sites mais je voulais juste revenir un peu sur tout ça.

Episode 1 : le blackout

Mercredi passé, le 18, pas mal de sites (essentiellement américains) se sont mis en blackout pour protester contre les deux projets de lois SOPA et PIPA dont j’avais déjà un peu parlé par ici. Comme parmi ces sites il y en avait de très gros (genre la version anglaise de Wikipedia), l’attention de nombreuses personnes a été attirée sur ces lois. Ce petit article d’OWNI situe assez bien le problème. En gros, ces deux lois sœurs américaines mettent en danger l’internet tel que nous le connaissons, cet espace de liberté si important. Elle posent la question de la prépondérance des libertés individuelles sur le copyright, des droits de tout un chacun sur le revenu de quelques grands industriels (je rappelle que le copyright ne défend pas les créateurs mais bien plutôt les intermédiaires). Du coup, le débat qui agitait essentiellement la sphère geekienne dans le monde a été agrandi à des gens qui ne s’y intéressaient pas, tout simplement parce qu’ils ne pouvaient pas accéder à leurs sites fétiches. Une grande réussite de communication d’ailleurs. Pour une fois, sur le sujet du piratage, l’information a pu venir au grand public de la part de défenseurs des libertés et pas seulement de l’industrie du divertissement. Les gens ont pu se forger une autre opinion, au grand dam bien entendu des représentants des ayants-droits qui n’ont guère apprécié l’opération.

Bref, suite à tout ce raout, nombre de personnes ont écrit à leurs représentants aux chambres américaines, les ont interpelé, ont écrit des mails et des lettres. Les soutiens à SOPA et PIPA dans ces chambres se sont faits moins insistants et plusieurs élus ont même retiré leur soutien. Les votes de ces lois ont été repoussés. Je ne pense pas qu’elles soient supprimées de l’agenda, mais peut-être vont-elles au moins être amendées/édulcorées. On peut toujours rêver.

Episode 2 : fermeture de Megaupload

Comme pour nous donner un avant-goût de ce que pourraient donner SOPA et PIPA, le FBI a fait fermer le fameux site Megaupload. En gros, un site offrant de l’espace de stockage et la possibilité de partager du contenu en donnant simplement un lien vers l’objet en question. Avec de très nombreuses pubs et surtout des abonnements payants, ce site a fait engranger des millions à ses dirigeants. Kim Dotcom, le boss, est une des plus grandes fortunes de Nouvelle Zélande (on constatera ici la force du FBI qui fait intervenir à l’autre bout du monde). Megaupload c’était aussi l’un des sites les plus fréquentés au monde, engendrant un trafic considérable. Et il est vrai que son utilisation principale était le partage de contenus piratés (musique et films essentiellement). Alors oui ce site était utilisé illégalement… mais pas que.

Sur le fond, je ne peux pas approuver la position de Megaupload et l’attitude de ses boss. Se faire ainsi des couilles en or sur du contenu piraté sans rien reverser aux créatifs, c’est juste scandaleux. Alors oui le piratage c’est mal et les créateurs mériteraient de recevoir une juste rétribution pour leur travail. Cela implique de se passer des intermédiaires qui engrangent des millions et ne laissent que des miettes à leurs poulains, de sortir de cette fameuse « industrie du divertissement » ; la culture n’a pas à être une industrie. Et il n’y a pas de raison que le copyright permette de gagner des millions sur le travail des autres, y compris des années après leur mort. Mais au moins le partage gratuit en peer-to-peer a le mérite de montrer une voie plus juste (je ne gagne rien sur ce que je partage, rien à reverser). Le concept Megaupload est lui bien moins défendable. Par contre, le succès de Megaupload et consorts revient entre autres à des lois comme Hadopi ; en bridant et criminalisant le peer-to-peer, on pousse dans les bras d’autre solutions, y compris celle-ci. La preuve que beaucoup de gens sont prêts à payer (abonnement Megaupload) pour avoir accès à du contenu culturel. Quand les distributeurs auront compris cela, et qu’ils mettront en place une offre légale digne de ce no, on pourra envisager un fonctionnement correct du système. Prix adaptés, système simple et rapide, sans restrictions et sans DRM, etc. On est bien loin d’une offre légale qui tienne la route.

On signalera encore que la fermeture de Megaupload n’est qu’un coup de semonce, que l’essentiel du combat reste à faire. En abattant un leader emblématique, on ne coupe pas toute la ligne des autres sites pirates. Il en existe encore des paquets. Et les pirates auront toujours un coup d’avance pour se cacher, se mettre à l’abri des autorités et laisser encore et toujours à disposition leur contenu.

Et puis il y a toutes les personnes et entreprises qui utilisaient Megaupload à des fins tout-à-fait légales. Et bien elles n’ont plus accès à leurs données, terminé. Comment récupérer tout cela? Comment retrouver un service efficace? En fait, c’est là tout le cloud computing qui est remis en question. Si demain des gens utilisent iCloud pour partager du contenu piraté, Apple va-t-il devoir fermer ses sites? Pareil pour Amazon, Dropbox et compagnie… Comment s’assurer de la pérennité de l’accès à nos données?

En passant, un petit article du copain le Khannibal à ce sujet, expliquant fort bien les choses.

Episode 3 : la vengeance d’Anonymous

Afin de montrer leur désaccord avec cette atteinte aux libertés du net qu’était la fermeture de Megaupload, les fameux Anonymous ont monté une vague d’attaques contre pas mal de sites. Essentiellement des attaques de déni de service rendant les sites inaccessibles, mais aussi parfois des hacks avec remplacement de la page d’accueil ou autre. Un truc énorme, de très grande ampleur, autant par le nombre d’ordinateurs impliqués dans les attaques que dans le nombre de sites visés ; j’ai trouvé cette liste des victimes d’ailleurs, incluant la Sacem, le FBI, MPAA et RIAA, Universal music, Hadopi, la Maison Blanche, Disney, Mastercard, Visa, l’Elysée, Vivendi, ou encore Sony.

Bien que le cas Megaupload soit difficilement défendable, les Anonymous ont voulu montrer leur opposition à cette mian-mise américaine sur le wbe mondiale et à cette censure. Sans parler de l’inefficacité de la démarche dans la lutte contre le piratage. Voilà pour eux une tribune afin de se rappeler à la mémoire de tout un chacun. Et de taper du poing sur la table pour dire que le web est ouvert et libre. La réactivité des Anonymous est impressionnante. Certes le mouvement est particulièrement flou, mais sa force n’est pas contestable.

Episode 4 : ACTA continue son petit bonhomme de chemin

Alors pendant que les gens s’émeuvent sur les lois liberticides proprement américaines mais pouvant toucher le web mondial, ACTA continue son petit bonhomme de chemin. Mais oui, ACTA, je vous en ai déjà parlé. L’accord international négocié en secret devant permettre de tailler sec dans les libertés sur le web, dans la liberté d’expression et dans la distribution de médicaments pour tous. Un truc réellement dangereux. Tout autant que SOPA et PIPA. Un truc que les gouvernements signent les uns après les autres, l’Union Européenne ces jours, la Suisse sous peu. L’équivalent international des deux lois ayant amené au blackout de la semaine passée reste traité dans le plus grand secret.

J’invite tout le monde à se mobiliser là contre. Et en particulier mes concitoyens afin de réclamer à nos parlementaires de refuser cet accord. Que cela soit par la signature d’une pétition, par un appel direct à vos élus, ou tout autre moyen, il faut vous mobiliser.

 

Crédit image : Crafters Unite – Stop SOPA/PIPA, par Dot D, sur Flickr

Le Monde du piratage perd Megauplaod, par Flock, sur Clubic

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