Conan le Cimmérien

A y est, ai fini ce premier des trois tomes de la nouvelle édition de Conan

C’est une magnifique édition dont Bragelonne a le secret. Format large, hardcover, illustrations magnifiques. Les textes ont été pour la première fois repris dans l’ordre chronologique de leur écriture, et non pas comme souvent dans l’ordre de la vie de Conan (quand ce n’était pas au petit bonheur la chance). Avec une très bonne introduction de Patrice Louinet pour présenter le tout, c’est vraiment un bon bouquin dans l’ensemble. Ca faisait longtemps que je m’étais pas replongé dans du Conan et j’en avais peu de souvenirs.
J’ai donc redécouvert avec un plaisir certain ces nouvelles décrivant la vie du Cimmérien le plus connu de tous les temps ; même si en général les gens en ont une impression assez éloignée du personnage d’origine, grâce à notre ami Schwarzie et à Hollywood. Donc on découvre un Conan roi d’Aquilonie, mais aussi voleur, pirate, chef de rebelles, général, nombre de positions qu’il a occupées au cours de sa vie trépidante. Les aventures sont toujours très fortes. On a un héros hors du commun qui vient toujours à bout de terribles événements. C’est du pulp quoi, ça démolit à tours de bras, tout est bigger than life, y’a des femmes fatales, etc.
Mais je reste avec un goût amer dans la bouche. Déjà parce que y’a quand même une sacrée tendance à se répéter dans les intrigues. Roi, voleur ou mercenaire, Conan se retrouve confronté à des monstruosités sorties d’ailleurs que nul être humain civilisé ne peut combattre,s auf lui le barbare, et il gagne. Point. Alors oui, j’ai bien compris que Howard fait la part belle à l’humain pur, brutal, barbare, face au civilisé dégénéré qui ne peut survivre. Mais là ça en devient lourd. Et puis y’a les répétitions de situations diverses ; les femmes soumises toujours en tenue extrêmement légère découvrant leurs courbes ; le monstre à combattre si difforme qu’il n’est pas de ce monde ; etc. Ajoutons à cela les répétitions stylistiques, avec les mêmes tournures qui viennent et reviennent, les mêmes comparaisons, les mêmes termes, alourdissant le tout. Je reste sur ma faim, j’ai l’impression que ça manque de quelque chose. Comme un plat agréable auquel manquerait l’élément spécial qui transcenderait le tout.
Et puis j’ai un gros problème sur des idées transmises dans ces textes. A commencer par les « races » ; déjà en soi la notion de races pour les différents peuples humains me gêne. Mais là c’est vraiment utilisé avec une échelle de valeurs certaine. Les noirs sont mis tout en bas, des sauvages plus proches de l’animal que de l’homme. Et le tout est vraiment fort, l’idée revient souvent sur la page, ça en devient extrêmement dérangeant. Tout comme la place de la femme, toujours inférieure, soumise au barbare qui obtient ce qu’il veut à chaque fois ; sans compter leur tendance à être perpétuellement un simple fantasme, toujours fortement dévêtues. Enfin voilà, y’a dans ces idées des trucs qui em fotn tiquer quand même…
Au final, on a de belles aventures, du puissant, de l’héroïque, OK. Mais si on va gratter un peu, je ne vois pas ce qu’il y a de si transcendant, par rapport à tout ce que j’ai lu/entendu sur Howard… En lisant simplement les aventures au 1er degré, je me suis bien amusé. mais je reste avec ce petit quelque chose, ce mauvais arrière-goût. Dommage…

3 réflexions au sujet de « Conan le Cimmérien »

  1. Salut,

    C’est normal que tu es cet arrière goût, il faut remettre ces nouvelles dans le contexte de l’époque, les années 30. Dans ces années là, presque tout le monde avait ce genre de pensées. Ce style d’écriture est tout a fait normal pour cette époque, il suffit de lire du Lovecraft, du Burrough (plus ancien) où ressort cette idée que l’homme blanc est supérieur à l’homme noir et la femme n’est là que pour être sauvé par le héros et lui être soumise au héros puisque considérée elle aussi comme inférieure. D’ailleurs, le changement est assez récent, il suffit de voir quelques documentaires télévisés sur la femme et les cours données dans les écoles pour filles dans les années 50-60 pour s’en convaincre.

    On peut noter tout de même que cela n’a guère changé dans certains types de films actuels. Il y a peu de blockbusters où les femmes sont les héroïnes.

    De nos jours, on écrirai du Conan dans ce style , ce ne serait probablement plus publié.

    Cogito.

  2. Ah mais je dis pas que ça existe pas, ni que je fais abstraction du contexte (d’ailleurs relevé dans la très bonne intro du bouquin). Juste que, aujourd’hui aussi, je m’énerve quand je vois ce genre de positions… C’est jute que là, c’est carrément même pas dissimulé…

  3. En effet il faut revoir les nouvelles dans le contexte, même si je suis d’accord avec tout ce qui a été dit, tant au niveau de la répétition que de la position de la femme notamment.

    Howard, à l’exception de certaines périodes relativement brèves si je me souviens bien, avait pas mal de peine à joindre les deux bouts. Du coup pas question de faire dans l’intrigue évoluée, on écrit ce qui se vend facilement aux magazines, c’est-à-dire des aventures simples avec des femmes dénudées et de vilains monstres. Quand une image ne contient pas une femme à moitié nue, on peut presque en déduire que c’était pour lui une période faste.

    Il y a certaines choses amusantes dans Howard. Premièrement en effet il se répète beaucoup. Les femmes ont généralement toutes la même description à l’exception de Valeria (à peu de choses près), la seule chose qui change, c’est la couleur de peau, des yeux et des cheveux.

    D’autres choses sont amusantes et dues à l’époque d’écriture. Notamment la pudeur qui reste, malgré les femmes dénudées. Déjà elles sont rarement vraiment nues, juste couvertes d’un tissu qui ne cache pas grand chose. Ensuite, Conan est un sacré gentleman pour un barbare, il ne force aucune femme, c’est juste qu’elles tombent dans ses bras. Pas une seule scène de sexe non plus, trop osé pour l’époque.

    Dans tous les cas, il y a du bon parmi les nouvelles d’Howard, même si il y a aussi beaucoup de très passable car alimentaire. Et c’est à quelque part dommage que Conan ait tant hérité de l’image qu’en ont fait Milius et Schwarzie (qui ne parlait qu’à peine l’anglais et avec un accent terrible à l’époque sauf erreur, d’où le fait qu’on se limite aux tirades simples). Le Conan d’origine n’est pas aussi demeuré et primaire qu’au cinéma, même s’il ne se complique que rarement la vie.

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