Furie

A la fin de l’été, un couple et leur fils rentrent de 2 mois de vacances en camping car et se réjouissent de retrouver leur belle maison qu’ils ont laissé à des amis pendant ce temps. Oui mais voilà, les serrures ont été changées, le nom sur la boîte aux lettres aussi, et les occupants ne veulent pas partir. Et il se trouve que légalement ils en auraient le droit. Dépassé par les voies officielles impuissantes, le mari va petit-à-petit sombrer, se rendant compte de son impuissance, de ses faiblesses, jusqu’à décider d’affronter la réalité dans une explosion de violence.

Furie, c’est un peu le film français de home invasion à l’envers. Non, les envahisseurs ne se jettent pas sur les occupants, les envahisseurs sont les occupants. Le truc est super bien posé ; et basé sur une histoire vraie, ce genre de truc est arrivé (je parle pas de la manière dont les personnages résolvent le problème, mais de la situation de base). On va suivre depuis ce moment l’évolution des personnages, l’exacerbation de leurs problèmes personnels, qu’il s’agisse de leur relation de couple, du lien à leur enfant, des contacts avec leur entourage, de leurs carrières, et en particulier de cet homme noir qui pensait avoir coché toutes les cases pour être accepté et reste malgré tout victime, intégré chez personne car même vu comme un « bounty » par ses élèves de couleur. Le film fait monter petit-à-petit une tension, on sent les choses poussées vers une issue brutale, surtout dès le moment où entre dans la danse le gardien du camping du coin, un ex de l’épouse adepte de baston et de soirées débridées. Le scénariste-réalisateur Olivier Abbou nous livre un film brutal et sans concessions mais qui a l’intelligence de suivre des personnages pas trop monolithiques, évoluant, réagissant à l’adversité. Il utilise de très belles images et sait manier les couleurs pour nous plonger dans son histoire et dans une ambiance qui se tend… au point que l’on sent que tout va rompre et craquer et que le film ne pourra être que violent. Et effectivement la violence qui se déchaîne dans ce dernier acte est très graphique. Avec un retour final aux choses les plus fortes, charnelles, intimes, pour clore la boucle du couple à la dérive.

Adama Niane campe ce mari tout bien comme il faut, si ce n’est son côté trop soumis, doux, calme, évitant le conflit, qui finit par craquer sous la pression des humiliations. Stéphane Caillard interprète l’épouse qui veut sauver son fils et son couple, qui est là comme béquille pour son mari et qui cherche à arranger les choses. Paul Hamy a le rôle du Tyler Durden de service, celui qui montre le « côté obscur », la violence animale qui se trouve au fond du héros, qui fait ressurgir tout ce qu’il y a de mal, malgré un charme et une tchatche agréable au premier abord. On notera encore le couple apparaissant comme les premiers méchants de l’histoire avec Hubert Delattre et Marie Bourin.

Un film sympathique. Comme souvent, le film de genre français reprend les codes d’un style mais les adapte. C’est toujours le cas ici, où on travaille davantage autour de l’intrigue de base, avec de vraies réflexions, des personnages un peu plus complexes que ce que l’on a l’habitude de voir, et ce fameux retournement du home invasion avec la famille qui finalement ne peut pas rentrer chez elle. Furie s’avère au final très sympathique, même s’il ne restera pas impérissable.

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