ACTA ou la tendance liberticide du moment

Le dernier gros buzz du moment sur le web c’est ACTA (enfin, y’a sûrement plus gros mais ça en jette plus de commencer le billet de cette manière). « ACTA » pour Anti-Couterfeiting Trade Agreement, ou Accord commercial anti-contrefaçon dans la langue de Bertrand Cantat.Sur le fond, on pourrait se dire « ouais chouette ils nous font un truc valable contre la contrefaçon et le piratage ». Mais bon, quand on voit ce que les gouvernements ont tendance à poser dans le cadre de cette lutte, ça peut faire peur (cf Hadopi et Loppsi chez les voisins français). Et ça fait encore plus peur quand on sait que les gouvernements impliqués tiennent à des tractations en secret afin que ça se passe au mieux. Ils ont bien raison : il vaut mieux se couper de la société civile quand on veut restreindre les libertés publiques. Parce que faut pas se faire trop d’illusions, mais sous couvert de la protection des droits d’auteur, c’est toute une batterie d’artifices légaux (dont la constitutionnalité me semble douteuse) qui va être mise en place pour limiter et restreindre bien des libertés. Par exemple  c’est un peu tout le contenu du web 2.0 qui va s’en plaindre plein la tronche ; les contenus seront tellement filtrés pour s’assurer du respect du copyright que l’on n’arrivera à plus rien ; et comment faire du web 2.0 collaboratif en prônant la primauté du copyright? Sans parler des confiscations/destructions de lecteurs numériques aux douanes si le contenu ne leur plaît pas (je vous explique pas l’inspection aux frontières si on veut regarder le contenu de l’ipod 32 gigas bourré de mp3, ça va durer un moment). On notera aussi des possibilités d’accès aux données personnelles des internautes vaguement suspects, et ceci de la part d’une autorité pas vraiment définie (saluons ensemble la volée que se ramasse la présomption d’innocence).

Notons pour améliorer le tout que ces tractations se font en secret, en privé, entre quelques grandes nations riches, mais absolument pas dans le cadre d’une organisation qui pourrait réguler tout ce blabla, genre OMC  (pour ce que ça vaut, mais c’est toujours mieux que rien). Donc non seulement un petit  groupe de pays en viendrait encore une fois à imposer ses décisions au monde entier, mais en plus ce serait fait dans les règles de l’art de la dissimulation et de la duperie. Six rounds de négociations (bientôt sept) et les infos commencent seulement à filtrer… que du bonheur donc de découvrir soudainement à quelle sauce on va être mangé sans avoir lu le menu avant. Quoique… les différentes lois dans divers pays votées ces derniers temps et allant dans ce sens sont peut-être à considérer comme le hors d’oeuvre avant e plat de résistance (ou la vaseline avant de passer aux choses sérieuses, c’est selon).

Tout ça pour quoi? Pour défendre des majors essentiellement qui se sucrent grassement sur le dos des petites gens. Ces derniers se trouvant face à une offre de téléchargement légale qui non seulement est limitée mais en plus peu fonctionnelle et pas adaptée au mode de vie nomade actuel (le coup de la chanson que ma femme peut acheter sur son iPhone, mettre sur le PC et ailleurs, mais que du coup je peux pas lire sous mon compte sur le même PC parce que y’a des DRM qui limitent le nombre de supports, ça me gonfle sévère, par exemple). Donc quand ces grands décideurs auront compris comment fonctionnent les gens et les réels besoins d’aujourd’hui, on arrivera peut-être à une offre légale efficace, seule à même de limiter le piratage (je dis « limiter » et pas « anéantir » parce que y’en aura toujours). Rien que les aspects techniques de la chose font vraiment peur d’ailleurs et démontrent un décalage complet par rapport aux réalités de l’internet de tous les jours.

Que faire alors? A mon avs, nos moyens de citoyens sont un peu limités face à l’ampleur des décideurs qui traitent le sujet. mais on peut faire des choses. Déjà la Quadrature du Net propose des actions possibles. Et puis là je suis en Suisse, on a un système de démocratie directe particulièrement poussé, je pense qu’il y a quelque chose à faire dans ce sens, c’est en discussion d’ailleurs, donc on va étudier les possibilités. Le plus important est d’en parler, de faire connaître le problème.

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