D’où vient l’argent de la politique en Suisse?

Je vais surfer sur un sujet à la mode mais qui me titille depuis longtemps. Je dis « à la mode » parce que y’a quand même trois petits articles qui me sont tombés dessus à ce sujet récemment. Il y a d’abord le billet de Piques et répliques « Démocratie corrompue » qui m’a amené à l’Hebdo et un édito « Démocratie modèle et omerta » ; et aussi un article de Domaine Public « Publication des revenus des parlementaires : nouveau refus ». Bref, vous l’aurez compris, j’aimerais parler de politique et de (gros) sous. Sujet certes polémique mais Ô combien révélateur.

Alors je ne vais pas partir dans de sempiternels pleurs sur les votations et élections perdues pour cause de budget plus faible, là n’est pas le but (bien qu’il y aurait des choses à dire). J’aimerais plutôt poser la question de où vient cet argent. Et de se demander si le citoyen votant/élisant a le droit à la transparence à ce sujet. Mon opinion est clairement oui. Et que ce soit pour les partis ou les personnes.

Les partis tout d’abord. faire fonctionner un parti, surtout un gros, cela nécessite des sommes non négligeables. Surtout quand le parti en question lance des candidats pour des élections. Ou quand il s’engage dans des batailles en vue de votations. Budget de publicité, de déplacements, d’événementiel, bref des moyens qui peuvent s’avérer conséquents. Et je trouve aberrant que l’on ne sache pas qui paye quoi. Il serait très intéressant de découvrir quel généreux donateur anonyme se cache derrière la campagne de tel ou tel candidat. Ou de découvrir quel organisme subventionne le oui ou le non sur tel objet de votation. Aux Etats-Unis, c’est du standard, de l’acquis. On sait que les campagnes sont financées et en général par qui parmi les nombreuses entreprises privées et les lobbies. Pourquoi ne pourrait-il en être de même chez nous? Pour une fois que l’exemple américain me paraît bon, je le soulève. Les finances des partis devraient être publiques. Après tout, ce sont eux qui vont diriger notre pays. Le peuple souverain (n’est-ce pas là la base de notre démocratie directe?) doit pouvoir choisir en son âme et conscience tout en connaissant les intérêts en jeu. Souvent obscures, les sources de financement des campagnes devraient être connues. Après tout, chaque choix en période d’élection/votation va favoriser des orientations de notre société, donc des lobbies, des entreprises, des groupes ; autant savoir de qui il s’agit. Je trouve assez fou que dans une démocratie reconnue internationalement pour ses processus populaires, le peuple n’ait justement pas accès à l’information essentielle. Car bien sûr c’est plus simple de cacher ses sources.

Notons que, quand j’ai commencé la rédaction de ce billet (et donc le paragraphe ci-dessus), la commission des institutions politiques du Conseil des Etats n’avait pas encore émis sa motion en ce sens. Elle ne règle pas tout et ne s’intéresse pas au financement complet des partis. Elle souhaite que les électeurs qui finance les campagnes précédant une votation fédérale. C’est un premier pas à soutenir, avec véhémence, pour permettre au peuple de voir qui et quelles intentions se cachent derrière les campagnes.

Et ensuite il y a les personnes. Annoncer publiquement les revenus des élus. Alors oui on est dans une société où l’argent et le salaire sont des questions taboues. Et pourtant! Les élus sont des personnalités publiques qui nous représentent. A qui doivent-ils quelque chose? A nous certes puisque ce sont nos voies qui leur donnent leurs sièges. Mais à qui d’autre? Ils doivent des choses à pas mal de monde. Il est intéressant de décortiquer les phrases d’un politicien sur le sujet du prix du lait en le sachant membre du conseil d’administration de l’entreprise X qui fait son beurre avec la distribution du lait en grande surface. Ou de voir que tel élu membre du lobby des assurances prône certaines orientations de la politique d’assurance sociale. Avoir sous les yeux les revenus des élus et leur appartenance à divers groupes de pression permet de mieux mettre en perspective leurs paroles et promesses, leurs prises de position. Déterminer l’engagement dans la vie civile de nos politiciens serait un gros plus pour savoir ce qu’ils cherchent à nous faire voter.

Pourquoi donc cette résistance farouche? Le secret bancaire déteint-il sur les hommes politiques et les partis? Pourquoi garder ce manteau de fumée? A croire que ces gens ont des choses à cacher. Mais si on est honnête et que l’on mène effectivement la politique que l’on annonce comme on l’annonce, on ne devrait avoir peur de rien. Je suis franchement scandalisé par cette attitude de nos parlementaires qui se refusent à toute divulgation de ce type (ils ne sont pas tous dans ce cas, entendons-nous bien). Ces gens sont des élus représentant la population. Autant que les électeurs sachent qui ils envoient et quels intérêts seront défendus en haut lieu. Collusions d’intérêts, services à rendre en retour, investissements personnels, commissions diverses. Un peu de transparence ne ferait pas de mal.

2 réflexions sur « D’où vient l’argent de la politique en Suisse? »

  1. Ce qui est surtout de plus en plus flagrant, c’est à quel point la question de la transparence s’applique différemment (« Selon que vous serez puissant ou misérable », comme dirait La Fontaine) suivant que l’on parle d’individus lambda ou de personnalités publiques ou de grosses institutions.

    En gros, plus on est privé, plus on est public et réciproquement.

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