Joker

Difficile de passer à côté de ce film encensé par la critique et au succès public impressionnant. Et même s’il nous parle d’un des principaux personnages de l’univers DC, il ne s’agit vraiment pas d’un film de super-héros dans le sens devenu classique de très grand spectacle plein de baston et d’action pour en mettre plein les mirettes. De quoi nous changer avec plaisir des blockbusters explosifs qui s’enchaînent dans nos salles obscures.

On va suivre ici le chemin d’Arthur Fleck, comique raté vivotant comme clown de bas étage auquel rien ne sourit dans la vie. Humilié, repoussé, rejeté, dans un constat d’échec constant, durement mis en face d’une société violente et sans pitié, au sein de mouvements sociaux révolutionnaires, notre homme va petit à petit perdre les pédales, glisser vers une folie qui fera de lui un symbole.

Le film de Todd Philips (qui change complètement de registre, le monsieur étant plutôt connu pour ses hilarants et graveleux Very Bad Trip) prend beaucoup de risques, du moins dans le contexte cinématographique actuel des super-héros. Il se permet de traiter du parcours d’un méchant iconique, et de donner à ce personnage un passé, une histoire ; bien peu ont osé s’y frotter, la plupart du temps le Joker n’étant qu’un symbole, une émanation du Chaos qui n’a pas besoin d’une identité. Et au lieu d’un événement brutal le faisant verser dans son délire, on suit ici un long chemin complexe, tordu et torturé, émaillé d’étapes difficiles. Il prend donc le risque d’aller à l’encontre de ce que le grand public attend des films Marvel/DC. Et c’est très très appréciable. Je n’ai pas souvenir d’un personnage de comics ayant eu droit à un traitement aussi profond et subtil au cinéma, à autant de détails sur son évolution, à une origin story aussi fouillée.

Le film est également excessivement contemporain. Il joue sur cette société de plus en plus brisée, fracturée, étirée entre les puissants et ceux qui sont laissés sur le bord de la route. On a droit à des discours excessivement politiques très forts sur le droit ou non de tout un chacun à vivre décemment. La grève des éboueurs qui sert de toile de fond est symptomatique, et les différentes manifestations nous ramènent à de nombreuses revendications de par le globe (le fait que de nombreux manifestants de la vraie vie aient pris le masque ou le maquillage de ce Joker n’est pas innocent). On reproche au film une apologie de la violence, cette dernière permettant à Arthur de se libérer au cours de quelques scènes, qui, bien que peu nombreuses, ne sont pas pour les âmes sensibles. La violence n’est pas gratuite, elle fait partie du parcours du personnage et y a toute sa place.

Et le film se permet même de s’ancrer un tantinet dans l’univers DC avec des références et liens à la mythologie de Batman.

On a droit à un long-métrage techniquement très réussi. Les plans et les cadrages sont tout simplement superbes. La photographie nous donne des couleurs et une ambiance très réussies. Les choix esthétiques sont très efficaces et la musique donne au tout une grande force.

Le film repose énormément sur les épaules de Joaquin Phenix (8mm, Gladiator, Le Village,…) qui livre une prestation à marquer d’une pierre blanche. Il est absolument bluffant dans la peau de cet homme brisé, dépassé, jeté plus bas que terre, mais capable dans les pires moments de laisser s’échapper un rire flippant ; l’acteur passe du désespoir le plus total à une sorte de prise de pouvoir incroyable avec une prestance de dingue. Ses expressions, son ton, ses postures, sont vraiment tellement justes. J’ai été scotché par ce personnage. A ses côtés on a droit à un Robert de Niro toujours solide, très bon en véritable star et si sûr de lui. Signalons encore les prestations de Zazie Beetz (Deadpool 2) et Frances Conroy (Six Feet Under, American Horror Story,…). Une très bonne distribution qui permet au film de bien tenir à la route.

J’ai passé un très très bon moment devant ce film. Je ne comprends pas trop les gens que j’ai vus sortir de la salle en cours de route. Pour ma part, on a a là un excellent film qui va sans doute marquer bien plus que la plupart des films super-héroïques sortant à la pelle ces temps. Et en particulier l’hallucinante prestation de Joaquin Phenix qui m’a beaucoup marqué. J’aime, je recommande chaudement.

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