The Murderer – The Yellow Sea

Après le très prenant et surprenant The Strangers, j’ai voulu avancer dans la découverte de l’œuvre du Coréen Na Hong-jin avec The Murderer (on ne dirait pas, mais ça c’est le titre en français parce que à l’international on a choisi la traduction de son titre vo en le nommant The Yellow Sea, la Mer Jaune).

Dans une province chinoise coincée entre la Russie et la Corée du Nord, on a toute une population de sino-coréens vivant comme il le peuvent de petits jobs dans la plupart des cas illégaux et malhonnêtes. Parmi eux, un chauffeur de taxi à la vie ultra morne et chiante pris dans l’enfer du jeu et endetté ; ce dernier point c’était pour permettre à sa femme de partir en Corée chercher du taf et préparer son voyage à lui ; oui mais voilà, plus de nouvelles d’elle depuis 6 mois et il doit gérer comme il peut son métier et leur fille. Un type de la pègre lui propose alors de nettoyer son ardoise et de pouvoir tenter de retrouver madame en Corée en échange d’une seule chose : tuer quelqu’un là-bas en Corée. Notre chauffeur va accepter cet accord et bien évidemment les choses vont partir en sucette. Il va se retrouver pris entre différentes factions dans un truc qui le dépasse.

On est sur un thriller d’action dont le scénario )un peu plus tordu que la moyenne mais pas trop quand même) aurait pu en faire un film court et efficace. Mais non, le réalisateur y met vraiment sa patte. Dès le début. En prenant le temps de nous situer cette province chinoise, cette population sino-coréenne rejetée de toutes parts, vivotant dans des conditions souvent misérables, la puissance de la pègre locale, toute cette mise en jambes apporte un vrai fond, un vrai ton, une particularité culturelle qui rend le scénario difficilement transposable dans un thriller occidental du coup. Et puis ce temps passé à nous présenter la vie monotone, chiante, longue, du chauffeur de taxi, cette vie où tout le monde se rit de lui, où il n’a plus de véritable personnalité ni rôle. Oui, le réalisateur prend le temps de poser son cadre, et même si cela retarde le démarrage de « l’action », on se retrouve avec un film solide et avec un personnage auquel on peut s’attacher car on le connaît.

A partir de là, le film va aller crescendo en rythme et en violence. La progression prend elle aussi son temps mais ne revient jamais en arrière. Elle suit les étapes du développement du personnage principal au fur et à mesure qu’il réalise ce qui se trame et qu’il va puiser les ressources nécessaires pour s’en sortir, au plus profond de lui, réveillant son côté animal, brut, sauvage. Alors que le film débutait très paisiblement, calme, il devient finalement très violent, avec des représentations très brutes et très graphiques de cette violence. Certaines des morts sont assez gores même, et le sang coule en quantités non négligeables. Mais ce n’est pas gratuit. La violence est la seule possibilité qui reste au héros pour s’en sortir après qu’on lui a enlevé tout le reste. On le réduit au statut qu’il a dans le titre français du film, un meurtrier.

The Murderer est un très bon thriller plein d’action mais qu’il faut prendre le temps de déguster et d’apprécier. Il contient quelques scènes bien épiques, en particulier une poursuite en voiture qui a vraiment de la gueule ou une jolie baston dans des escaliers. Certes on sort de certaines habitudes du cinéma d’action à l’occidentale et on peut être quelque peu surpris par certains partis pris ou par un rythme qui n’est pas celui auquel nous sommes habitués. Mais ce n’est pas une raison pour bouder ce film très réussi. Sa mise en scène, sa musique, son interprétation, tout contribue à faire de The Murderer une réussite.

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