Revenge

Le « rape and revenge » est un style de film bien particulier, prenant comme base une femme frappée, humiliée, violée, et qui se venge (elle-même ou via quelqu’un de son entourage) de manière très brutale. Ce genre de film a connu des périodes plus ou moins fastes, et il est intéressant de le voir revenir en 2017 sous la patte d’une réalisatrice française (ce n’est pas le type de film réputé pour être très féminin).

Ici on suit la jeune et belle Jen, maîtresse d’un quarantenaire marié et chef d’entreprise. ce dernier a rendez-vous avec ses deux potes dans une superbe villa au milieu du désert pour une partie de chasse, une sorte de rituel annuel entre ces trois mecs. Le type passe donc les deux jours avant seul avec jen dans la baraque, les potes arrivent, rencontrent la fille,m et sont bien évidemment séduits, d’autant que Jen est consciente de ses charmes et aime en jouer. Mais voilà que l’un des types finit par la violer. Les trois potes la laissent pour morte, mais Jen est pleine de ressources et va se lancer dans une traque sanglante afin de se venger.

Il s’agit ici du premier long-métrage de Coralie Fargeat qu’elle a écrit et réalisé. Et même si le film n’est pas exempt de défauts, c’est une belle réussite qui donne envie de suivre sa carrière. Le film bénéficie en effet d’une esthétique très bien posée. On a un côté très pop, des lumières et couleurs fortes et crues, de plans très bien cadrés, avec une utilisation des larges paysages qui est très réussie. Bref. le film est très plaisant visuellement. Elle présente son film comme un « rape and revenge » féministe, ce qui est peut-être un peu exagéré mais quand même. Il a été créé avant l’affaire Weinstein mais reprend déjà ces fameux discours mis en avant avec #metoo comme le « t’es trop sexy, on peut pas te résister », ou « mais allez, tu le voulais hein » ; des propos que la réalisatrice dénonce. Alors oui on a quelques aspects intéressants, comme cet homme nu pourchassé (on inverse les rôles habituels), mais le film n’est pas fondamentalement si féministe que ça. L’héroïne d’abord faible et abusée se révèle forte et capable d’appliquer sa vengeance, mais c’est déjà le cas dans pas mal d’autres films du genre. Par contre, la violence crue qui est montrée va très loin. Démembrements, corps en mauvais état, et surtout du sang. beaucoup de sang. Trop de sang? Oui ; mais pas trop dans le sens de « ça me choque », trop dans le sens de « un corps ne peut pas en contenir autant que ça ». L’héroïne comme ses victimes perdent des hectolitres de liquide rouge avant de faiblir un peu. Franchement, entre sa blessure quand elle est laissée pour morte et ce qu’elle laisse dans la scène du pistage de nuit, on aurait pu remplir quelques camions-citernes de sang. D’ailleurs j’ai un peu de peine à imaginer que l’on puisse survivre (et faire ce qu’elle fait ensuite) à une telle blessure. Mais bon, le réalisme n’est pas point fort du film (oh quel joli branding bien réussi sur le ventre).

Devant la caméra, Matilda Lutz se révèle assez incroyable ; son côté Lolita frivole du début, son sens de la séduction, puis son déchaînement de haine et de colère, retournant complètement le personnage avec une grande intensité. Je reste un peu plus sur ma faim quant à la prestation des trois mecs par contre, Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Bouchède, un peu trop clichés, et pas super bien joués. Mais ils meurent bien…

Après le très sympathique Grave, on a ici une confirmation de cette vague de réalisatrices françaises qui tentent de marquer les esprits avec des films durs et bruts. Des films qui détonnent dans le paysage du cinéma français, et aux commandes desquels on n’a pas l’habitude de voir des femmes. C’est donc une bonne chose de voir un peu de diversité arriver sur nos écrans. Et même si ce premier long-métrage a ses défauts, il est quand même très réussi… pour peu que l’on apprécie le genre et que l’on ne soit pas rebuté par une violence bien sanglante. Une réalisatrice à suivre… et un film très sympathique.

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