Grave

C’est le genre de film dont on entend pas mal parler quand on s’intéresse un peu aux films dits « de genre ». Un film français déjà, ce qui est plutôt rare dans cette catégorie (même si les choses ont un peu changé ces dernières années avec des titres comme Martyrs, Haute Tension, A l’intérieur, Livide, La Horde,…) , qui plus est qui a fait son petit buzz, y compris à l’internationale. Et touchant à des sujets de société. Et en plus par une réalisatrice. Bref, il avait de quoi m’intriguer, d’autant que pas mal de monde en disait du bien.

Dans ce film, on va suivre Justine, 16 ans. Issue d’une famille de vétérinaires végétariens, par tradition. Elle entre dans l’école de vétérinaires où ses parents se sont rencontrés, et où sa grande sœur Alexia suit déjà les cours. Le parcours universitaire comme la position culinaire ne font aucun doute, la famille fonctionne comme ça et c’est tout ; la question ne se pose même pas. Très vite, Justine va se rendre compte que l’école ne va pas être de tout repos. Non seulement les étudiants de première année sont bizutés de manière très lourde et violente, mais en plus c’est la fête quasiment tout le temps ; et je ne parle pas de juste boire une bière entre potes le soir, je parle de musique à coin, de dancefloors dans les sous-sols, de drogue et d’alcools forts, de sexe,… Et le bizutage dérape un peu pour Justine contrainte à manger de la viande crue. Sa sœur, faisant partie des « grands », tente de la cadrer un peu mais pas toujours doucement. Peu à peu, Justine va se découvrir certains appétits peu compatibles non seulement avec la tradition familiale, mais aussi avec des tabous difficiles à aborder.

Grave n’est pas vraiment un film d’horreur. Il y a bien quelques moments un chouilla gore, mais franchement pas tant que ça. Il y a bien un ou deux trucs qui font légèrement sursauter, mais rien de bien méchant. Ici c’est plutôt l’ambiance poisseuse, morbide, dure, sordide, qui fait le sel du film. La promo du film parle de gens qui se sont évanouis devant certaines scènes particulièrement crues et dures. Alors oui il y a des moments de malaise, des trucs durs à avaler (mouarf) et qui peuvent rester en-travers de la gorge (re-mouarf), mais de là à s’évanouir. Si on est trop sensible, effectivement le film n’est pas conseillé ; mais dans ce cas-là, on ne va pas voir ce genre de film, tout simplement. Mais c’est vrai que les cadrages sont au plus près des personnages, on vit aux côtés de Justine, si proche d’elle que l’on ne peut s’empêcher de s’y attacher. Après tout, elle débute le film en tant que jeune fille comme les autres, simple et tranquille, sans plus de problèmes que les autres filles de 16 ans. Ce qu’elle va découvrir sur elle-même à l’université va la changer.

Personnellement, ce qui m’a pas mal déboussolé, c’est aussi la folle vie que mènent ces étudiants. Au-delà de simplement se demander comment ils font pour arriver à suivre les cours avec une vie aussi furieuse, je me dis que c’est quand même impressionnant ce qui se déroule sur ce campus. Le sexe, y compris avec des inconnus, est monnaie courante et dans tous les sens. Les alcools forts et les drogues circulent partout. Le tout avec une esthétique très trash, très brute. J’ai pas mal fait la fête pendant mes années universitaires, certes, mais je n’ai jamais vu de fêtes aussi barrées.

Avec un climax très crû (re-remouarf), Grave révèle une fin que j’ai malheureusement trop senti venir. Pas de grande révélation ni de truc particulièrement extraordinaire. Alors certes c’est à nouveau très brut, mais il n’y a pas là de grande surprise.

Ce premier long-métrage de Julia Ducournau n’est pas exempt de quelques défauts de jeunesse. Mais il démontre malgré tout une grande maîtrise technique. Il y a pas mal de très bons plans, et l’esthétique est franchement bonne. C’est un très bon résultat. Et puis il y a la jeune Garance Marillier (même pas 20 ans), interprète de Justine, une vraie révélation qui donne tout sur un rôle pas facile, avec une présence très forte, des émotions profondes, un vrai charisme. Si forte que les autres rôles ont de la peine à se faire vraiment remarquer, et pourtant les interprétations de Ella Rumpf et Rabah Naït Oufella sont très sympathiques aussi.

Abordant en plus du tabou de l’anthropophagie des thèmes comme l’intégration sociale, le végétarisme, ou l’homosexualité, Grave est un film prenant. Tendu à bien des moments, il supporte mal quelques cassures de rythme et un final pas à la hauteur des attentes que j’avais. Mais j’aime beaucoup l’ambiance sombre, glauque et oppressante, j’aime beaucoup l’esthétique, les acteurs… Bref, un résultat de qualité mais dont j’attendais peut-être trop après tout ce que j’avais lu à son sujet.

 

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