Interdiction des jeux video « violents » en Suisse…?

Y’a des jours comme ça où on croit lire un gag, on se dit qu’on est le 1er avril, pis comme ça revient les jours d’après, ben on se dit que non, c’est sérieux…

Il est donc question ici d’une volonté de notre cher Parlement fédéral d’interdire les jeux video dits violents, selon un avis de la Commission des affaires juridiques suite à diverses motions… Effrayant de bêtise comme solution! Alors attention, le problème est bien réel et il faut lui trouver une solution. Le but est en effet de protéger les enfants de contenus violents. Et oui il y a pas mal de jeux video qui ont un contenu salement violent. Certes donc, prémunir les petiots de ce genre de chose, c’est loin d’être un mal. Et sur ce point, je suis parfaitement d’accord (je rappelle à toute fin utile que je suis à la fois père de famille et joueur assidu).

On a une première motion au Conseil National demandant d’empêcher l’accès des gamins aux jeux pas de leur âge. Je signale qu’il existe déjà une grosse masse de boulot faite à ce sujet, que les jeux sont épinglés PEGI, et que ce système définit non seulement l’âge minimum conseillé, mais aussi les thèmes potentiellement dangereux ou choquants que l’on y trouve. Dès lors, pour peu que le vendeur soit un tantinet scrupuleux et fasse son job correctement, les enfants n’y ont pas accès ; bien entendu, ce n’est pas toujours le cas et les vendeurs ne font pas toujours attention, il y a donc là matière à travailler. Mais combien de fois on voit des parents acheter à leur progéniture le jeu si ardemment souhaité? Une chiée. Tout comme on voit des parents emmener leurs mômes au cinema voir des films pas du tout adaptés. Tout comme des parents plantent leurs gamins devant la télé, y compris à l’heure du téléjournal avec toutes les horreurs que l’on peut y découvrir. Bref, ici un cadre existe pour interdire théoriquement l’accès aux jeux à des enfants n’ayant pas l’âge. Normal. Heureusement. Ce système a d’ailleurs été mis en place dans l’idée de guider des parents souvent dépassés et n’y connaissant rien face aux velléités de leurs enfants. reste que si les parents ne l’utilisent pas, ben ça sert à rien. Certes, le texte de la motion stipule que le système PEGI se fait sur une abse volontaire de la part des éditeurs. mais ces derniers jouent très bien le jeu. Ils n’ont aucun intérêt à se donner une mauvaise image de pervertisseurs de la jeunesse. Et ils ne se coupent pas tant que ça du marché puisqu’un gros paquet de gamers sont adultes.Sur le fond donc, cette motion pourrait aller à une demande d’application stricte de la norme PEGI lors de la vente et d’une meilleure information aux parents pour qu’ils suivent les recommandations.

Où nos parlementaires font très fort, c’est avec la deuxième motion en question, demandant de produire « une base légale permettant d’interdire la production, la publicité, l’importation, la vente et la diffusion de programmes de jeux dans lesquels de terribles actes de violence commis contre des êtres humains ou ressemblant à des humains contribuent au succès du jeu. » Et c’est là que je rigole très fort. On se trouve là devant une vision terriblement restreinte du problème de la violence. Mais aussi devant une méconnaissance flagrante du fonctionnement du monde des technologies modernes. C’est fou, mais les études dont parle la motion mettant en corrélation la violence et les jeux video violents, ben j’en ai lu d’autres qui justement disent qu’il n’y a pas de corrélation scientifiquement prouvée. Dingue ça, comme chacun trouve des études pour étayer sa position. Mais en même temps, c’est normal. Reste que cette interdiction est juste irréaliste. Elle ne ferait qu’une chose : développer les marchés noirs et gris du jeu video ainsi que le piratage. Parce que si on peut pas obtenir le jeu en magasin, ben on va l’acheter en ligne, probablement par des voies détournées au besoin, si ce n’est en télécharger une version crackée. Bizarrement, l’impact économique n’a d’ailleurs pas été pris en compte, ce qui m’étonne parce que habituellement c’est le premier argument des discussions politiques. Et vu les milliards représentés par l’industrie du jeu video, je suis surpris qu’une telle proposition n’ait pas soulevé davantage de tollé sur le point économique. mais bref, revenons à nos moutons… Quand on sait qu’une telle interdiction est juste impossible à appliquer en vrai, ben on fait quoi? On envisage autre chose. ce n’est pas la première fois que les politiques montrent leur incompréhension du monde du web et de la nouvelle économie internetisée. mais là c’est flippant de voir comment on peut en arriver à de telles extrémités.

Pis un autre point difficile à mettre en place : comment juger qu’un jeu est violent contre l’être humain? PArce que finalement on va pouvoir interdire les Monopoly online aussi : la violence de l’économie libérale face aux plus faibles et aux plus démunis est pour moi insoutenable. Ou alors les jeux de stratégie qui ont fait réfléchir tant de cerveaux très doués : on ne joue pas à faire la guerre. Voir les échecs : après tout, on tue des rois, des cavaliers, des fous, soit des représentations d’être humains. Qui serait donc chargé d’évaluer dans quelle catégorie rentre quel jeu? Encore un joli sac de noeuds que je vois mal être démêlé.

cette motion est soutenu par un article du code pénal : « Une possibilité de mettre en oeuvre la présente motion serait de concrétiser l’article 135 du Code pénal. Celui-ci, en effet, interdit la représentation, la production, l’importation, le stockage, la publicité etc. d’enregistrements sonores et visuels d’actes de cruauté. » Certes, OK, mais si on applqiue cet article, je connais une chiée de bouquins, de films, de séries, d’émissions, de reportages, de journaux, de plein de supports en fait qui vont disparaître. Faut arrêter, c’est juste impossible. Ou alors on met que des Bisounours partout (et encore, les Bisounours sont super cruels quand ils s’en prennent à leurs adversaires, parfois).

Alors certes, les jeux videoviolents, c’est comme les bouquins, les films, le téléjournal, les jeux de rôles, le hard rock et tous ces trucs de fous. C’est pas dangereux en soi, nous dit la motion. mais ça peut participer à déclencher des problèmes quand c’est mis entre les mains de personnes fragilisées ou particulièrement sensibles. Et oui je suis le premier à dire que pas mal de ces différents supports ne peuvent pas être mis entre toutes les mains, que ce soit celles d’enfants ou celles d’adultes trop sensibles. Mais la plupart des gens font la différence réel-virtuel et savent vivre avec tout ça sans devenir des fous furieux. Pour ma part, avec tout ce que je consomme dans le genre, je devrais être enfermé si l’on en croit ces personnes bien intentionnées. Et une tera-chiée de mes connaissances et amis avec moi.

Pourquoi et comment peut-on choisir de s’en prendre à une forme de violence plutôt qu’une autre? Il n’y a absolument aucune raison d’interdire les jeux video violents si l’on n’interdit pas en même temps la violence dans les autres medias. Aucune! Et inutile puisque les enfants continueront d’être exposés à cette violence qui fait finalement partie de notre monde. Les gens prêta à péter une durite ont d’autres déclencheurs et on ne diminuera aucune tuerie. Les jeux concernés seront quand même joués par plein de gens, y compris des gamins, mais sans cadre aucun (celui donné actuellement par la norme PEGI, avec ses défauts certes). Décision ridicule, qui sera je l’espère balayée par un vote réfléchi et serein. Tout en espérant que la discussion sera là dans ce cadre. Oui il y a un problème. L’accessibilité pour les enfants à toutes les horreurs du monde moderne (on ne s’arrête pas à la violence physique, mais parlons de pornographie aussi, de violence morale ou sociale, etc) pose un problème. Pour lequel la solution est, à mon avis, l’éducation. Encadrer les enfants, leur mettre des limites, des interdictions, et puis finalement leur expliquer certaines choses, voilà pour moi le meilleur moyen de leur apprendre à vivre avec cet environnement violent qu’on ne peut repousser indéfiniment. Mais je reste sur ces témoignages et visions de parents achetant pour leurs petits mioches des jeux violents, les faisant passer au cinema vers des films pour lesquels ils n’ont pas l’âge, ou les collant devant le téléjournal parce que eux le regardent à ce moment-là… Y’a un souci, non? Pourquoi les joueurs sérieux devraient-ils subir le prix de quelques parents qui accèdent à chaque désir de leurs enfants (allez hop, tous dans le conduit des noisettes pourries, comme Veruca et ses parents).

J’invite les parlementaires à réfléchir là-dessus, mais je ne me fais pas d’illusions quand à leur passage sur ce blog. Une lettre d’information? Une pétition? Je ne sais pas, mais j’espère bien qu’ils seront un peu sensés et oublieront cette idée d’interdiction totale proprement hallucinante.

En passant, je relève ce billet qui parle très bien du sujet…

http://www.parlament.ch/f/suche/Pages/geschaefte.aspx?gesch_id=20093422une base légale permettant d’interdire la production, la publicité, l’importation, la vente et la diffusion de programmes de jeux dans lesquels de terribles actes de violence commis contre des êtres humains ou ressemblant à des humains contribuent au succès du jeu.

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