Frontière(s)

Ce n’est un secret pour personne, la France n’est pas vraiment le pays des films de genre. Dialogues pas crédibles et surjoués (ou platement interprétés, c’est selon), manque d’ambition et frilosité des producteurs, manie du politiquement correct. Bref, séries et films de genre ne sont pas légions. Alors quand on tombe sur un film qui s’attaque au slasher et au massacre violent, annoncé comme contenant des scènes d’une violence insoutenable, on se dit qu’on peut tenter le truc. Mouais. Ce Frontières est certes violent et gore, parfois gratuitement, mais il n’a pas l’intelligence et la profondeur d’un Saw premier du nom ; on serait plutôt dans le cas du torture-porn méchant genre Hostel. Le pitch du film n’est vraiment qu’un prétexte à des scènes bien trash. Une bande de sales djeunz des banlieues profite d’émeutes en France au second tour de l’élection présidentielle de 2007 pour faire un casse. Ca tourne moyennement bien, il y a un blessé grave et ses collègues décident de fuir à l’étranger après l’avoir lâché à l’hôpital. Deux voitures partent l’une après l’autre en direction de la frontière et le rendez-vous se fixe dans une auberge miteuse perdue au milieu de la campagne. L’endroit s’avère être sous la coupe d’une famille de dégénérés consanguins, cannibales et cruels, sous la domination d’un patriarche nazi expatrié. Une sorte d’auberge rouge où on n’assassine pas pour détrousser mais plutôt pour faire passer des plaisirs sadiques et pour se remplir la panse. Et puis où on en enlève de jeunes filles pour renouveler les gênes. Glauque, non? Bien entendu, nos petits djeunz de banlieue vont être ainsi confrontés à l’horreur. Cris, hurlements, sang, tortures, douleur, et tout ce qui s’en suit. Y compris une certaine forme de torture psychologique sur l’héroïne.

Le réalisateur Xavier Gens (déjà aux commandes de Hitman) tente de nous créer un bon film de slasher et de sadiques, un truc dans la lignée des Massacres à la Tronçonneuse et autres joyeusetés dorénavant classiques. Mais c’est un peu too much quand même. Un film de ce type, pour être prenant, doit porter une réflexion, doit être inspiré, doit toucher à quelque chose de plus que le simple spectacle gratuit de la violence. Et ici on n’a pas grand chose d’autre. Le réalisateur a tenté d’ancrer son film dans un contexte politique sur lequel on insiste de la première à la dernière minute ; sans succès, il n’y a aucun lien. Le contexte est complètement bidon et le film n’en tire rien. Quel dommage, alors qu’il y aurait à faire d’un contexte pour une fois pas américain. Mais notre auberge aurait très bien pu être placée au fin fond du Texas, cela n’aurait rien changé.

Et c’est d’autant plus dommage que le film est porté par deux éléments très positifs. La musique est fort bien pensée, prenante, accentuant la tension, très très bien posée. Et puis les acteurs qui franchement se donnent à fond. Il y a certes la tête d’affiche, Samuel le Bihan, plus crédible que jamais dans son rôle de gros bourrin psychopathe. Mais les petits jeunes ne sont pas en reste, en particulier Karina Testa et Aurélien Wiik, ou encore Maud Forget. Un grand bravo à eux qui donnent à ce film une grande part de son peps.

Ah oui, au passage, le réalisateur aurait pu se passer du cadreur parkinsonien et du monteur épileptique qui se sont occupés de certaines scènes carrément illisibles et piquant bien les yeux.

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