Logan

James Mangold était déjà derrière le sympathique mais pas impérissable Combat de l’Immortel, précédente aventure solo de Wolverine au cinéma (mais aussi au passage derrière le fort agréable Identity). Il place ici la barre très haut avec un film qui rend réellement hommage au personnage de Wolverine/Logan et qui lui donne toute sa saveur, sa profondeur, en allant aux racines de sa bestialité, donnant à ce film une teinte particulièrement sombre et violente. On est bien loin de l’ambiance Marvel pulpisante et pleine de couleurs. Et même si, comme Deadpool, on a ici un film classé en PG-17, donc pas pour les enfants, ce n’est pas du tout dans la même ambiance bonne grosse déconne pipi-caca ; c’est plutôt que le film est complètement immergé dans une violence très graphique et sans concessions, ce qui sied parfaitement au héros et à sa nouvelle comparse.

On est en 2029… Un peu d’anticipation mais rien de transcendant, c’est pas de la SF non plus et le monde est super crédible. Très dans l’actualité aussi avec ses tensions et provocations à la frontière entre les USA et le Mexique. Les mutants ont quasi disparu, plus aucun n’est né depuis des années, et les derniers se cachent, poursuivis et traqués par des gens pas vraiment sympathiques. Parmi ces derniers survivants, Logan évidemment, amoindri, entamé, plongé dans l’alcool, avec de belles cicatrices et boitillant ; oui, le Wolverine dont la mutation lui permet de récupérer de tout montre des marques de faiblesse (et ce n’est pas juste largué comme ça, ceci sera expliqué dans le film). Dans ce contexte tendu, notre Logan va se retrouver accolé à une fillette dotée de pouvoirs surprenants, une mutante, qui n’est pas sans lui rappeler quelque chose. Pourchassés par des méchants pas gentils, partis  dans une quête d’un monde meilleur, ils vont nous faire vivre un road movie sanglant rythmé par des scènes d’action renversantes et un rapport aux diverses facettes de l’Humanité. Jusqu’à une conclusion épique et impitoyable.

Le scénario du film est assez simple mais aborde des thématiques assez complexes et tendues. Le film peut être lu de manière très légère mais il a une certaine profondeur. Comme toujours, les X-Men, les mutants, sont là pour parler de la différence, des autres, de cet autre qui fait si souvent peur. Et si à l’origine le lien était clairement fait avec l’Holocauste, ici on cause plutôt de migrants, de ceux de l’autre côté de la frontière (cette scène dans la limousine, avec les sales jeunes friqués qui insultent les pauvres Mexicains à la frontière). Tout le film suit finalement la fuite en avant de gens persécutés qui vont chercher asile sur une terre promise lointaine, avec toutes les souffrances que ce trajet peut provoquer. Au-delà de ça, la question de l’Humanité, quand Logan tente de « dompter », ou d’éduquer la gamine, lui-même cherchant à cacher sa part bestiale et sauvage. Il ne peut le faire tout le temps, et c’est uniquement en la laissant ressortir qu’il peut se dépatouiller, abandonnant dans son sillage une traînée sanglante.

Tout cela est très bien mis en scène. Le réalisateur a opté pour une approche sobre, carrée, brute de décoffrage (j’ai crû voir un article parlant d’une version noir/blanc du film et je suis persuadé que cette esthétique lui irait très bien). Des cadrages réussis, des plans travaillés, des scènes d’action maîtrisées. L’ambivalence entre l’Humanité et la Sauvagerie de Logan se retrouve dans la mise en scène qui jongle entre calme et tempête. Et pour retranscrire cette bestialité de Wolverine, celle de la jeune mutante aussi, qui sont au cœur du film, et bien il fallait laisser la violence s’exprimer. Du coup le film montre du sang, des tripes, des démembrements et autres décapitations. Sans grande retenue. On n’est pas dans le gore non plus, mais les bastons font vraiment mal et on ne s’embarrasse pas de compromis ici. La réalisation va au bout de ses intentions. A l’époque, Blade avait ouvert la voie, mais c’est surtout le succès de Deadpool qui a fait comprendre à Marvel et aux autres que l’on pouvait faire du super-héros adulte et pour un public averti. Ca nous change de l’ambiance très bon enfant que l’on avait dans les films précédents de la franchise X-Men. De très belles images donc, une bande-son au taquet (avec un très beau Johnny Cash fort bien choisi pour le final). Que du bonheur.

Un petit tour par les acteurs, pour dire que c’est une grande réussite. Avec 8 films en 17 ans, Hugh Jackman commence à bien connaître le personnage de Wolverine, il se l’est approprié au point que c’en est devenu iconique ; il est le visage de Wolverine dans l’esprit de beaucoup de monde. Son interprétation ici d’un Logan âgé, décrépi, mais toujours aussi teigneux, tel le vieil ours blessé qui ronge son os dans sa grotte, est une vraie réussite. Il donne une nouvelle envolée à ce personnage mythique (déjà l’un de mes préférés quand je lisais les comics il y a pas mal d’années) et clôt ainsi magistralement ses aventures sous cette forme (l’acteur ayant annoncé ne plus vouloir endosser ce rôle). A ses côtés, la jeune Daphne Keen, dont c’est la première apparition sur grand écran, m’a vraiment bluffé. Elle donne tellement de corps, avec un mélange de fragilité et de toute puissance, à son personnage, c’est juste incroyable. Et comme elle parle très peu, tout se joue sur son visage. Il a dû être assez difficile de mettre une gamine de 11 ans dans des scènes aussi violentes, au passage. On retrouve le grand Patrick Steward en Professeur Xavier vieillissant lui aussi, dans une interprétation très touchante. En face, la prestation de Boyd Holbrook (déjà présent dans l’excellent Gone Girl et à revoir dans le futur retour du Predator) en chasseur de mutants est très forte ; enragé, persévérant, un vrai bon méchant qui a du punch. L’autre antagoniste, interprété par Richard E. Grant (longue liste de rôles, dont dans Game of Thrones ou le Dracula de Coppola), est aussi fort bien posé et fait le lien avec l’histoire personnelle de Logan.

Bon, au final on a donc un tout bon film, du genre qui remet l’église au milieu du village en termes de super-héros ; oui on peut en faire quelque chose d’adulte et de profond. C’est du pur bonheur.

Et maintenant quelques éléments de spoil…

Si vous n’avez pas vu le film, zappez

Arrêtez-vous là quoi

N’allez pas plus loin…

Juste une bande-annonce pour bien que vous ayez le temps de vous arrêter…

 

Alors déjà la question de base…. comment Wolverine a-t-il remis de l’adamantium sur ses griffes qui avaient repoussé naturellement dans le Combat de l’Immortel? Parce que oui ce Logan ne fait pas abstraction du film précédent qui est carrément cité au-travers d’un plan sur le katana suspendu au mur. Mais alors comment et pourquoi et où? Et puis tant que l’on est dans les questions à la con, elle est pas un peu capillotractée l’explication de Xavier sur les griffes aux pieds de Laura? Perso, je reste pas convaincu là…

Un final grandiose, qui met une belle fin à cette époque des X-Men et ouvre pourquoi pas la porte à une nouvelle génération de mutants. Après des échecs comme le X-Men 3 ou Apocalypse, il fallait effectivement repenser la franchise. Et donc en créant un monde sans mutants, où les quelques derniers servent à passer le flambeau avant de mourir, c’est assez réussi. Je n’ai pas lu Old Man Logan, le comics dont s’inspire (en tout cas partiellement) le réalisateur pour ce film, mais il semblerait que ce ton apocalyptique soit dans la même veine. Et on retrouve donc X-23 qui, dans les comics, reprend la position de Wolverine si j’ai bien compris. De quoi ouvrir la porte à un autre futur et d’autres personnages, plutôt que de s’enfoncer avec les mêmes.

J’ai été assez bluffé par les fights entre Wolverine et X-24, avec donc le même acteur incarnant les deux personnages ; l’aspect technique en jette. Mais il y a plus que l’aspect technique dans ce duo… Finalement c’était assez logique d’amener ce nouveau mutant. Qui d’autre pouvait vaincre Wolverine sinon Wolverine? C’est assez poussé, et sordide aussi ; on a un Wolverine bis qui massacre des innocents et même Xavier, qui représente la part de bestialité que Logan chercher à contenir (jusqu’au final où il libère sa rage pour vaincre, au sacrifice de sa vie). Et la manière dont X-24 meurt est elle annoncée depuis un moment, avec un bon gros fusil de Tchekhov que l’on voit venir de loin.

Allez, ce sera tout pour aujourd’hui.

Et merci James Mangold pour ce grand moment de cinéma.

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