The City and The City

China Miéville m’avait assez bluffé avec Perdido Street Station. J’avoue que le bouquin suivant se déroulant dans le même univers de fantasy-steampunk, the Scar, m’était un peu tombé des mains et j’avais vraiment de la peine (pour dire, je ne suis pas allé au bout). Mais j’ai remis le couvert avec un autre livre du monsieur, cette fois un polar vaguement contemporain intitulé The City and The City. Ce titre un peu bizarre explique le pourquoi « vaguement contemporain ». On est en effet dans une réalité un peu différente, en particulier pour ce qui est des lieux où se déroule le récit.

On est à Besźel, ville fictive semblant se trouver en Europe de l’est. Un crime, une jeune fille retrouvée morte. L’inspecteur Borlù est mis sur l’affaire. Evidemment, tout ne va pas être simple, et ce meurtre cache une conspiration de grande ampleur. Bon, jusque là, rien que de très commun certes ; mais le truc c’est que Besźel se trouve sur le même territoire qu’une autre ville, Ul Qoma, avec la quelle toute interaction est strictement interdite, au point qu’une autorité supérieure, Breach, intervient lorsque des gens de l’une des deux villes interagissent avec l’autre, même pour un regard trop appuyé.

Ce roman d’enquête assez classique se voit vite transfiguré par son setting si particulier. Ces deux villes occupent les mêmes rues, on y trouve des bâtiments, des habitants, des véhicules. Et pourtant elles sont si différentes. Il est interdit de regarder, même de voir les éléments de l’autre cité. Comme le dit le livre avec ses néologismes, les gens « unsee » (oui je l’ai lu en VO) l’autre ville, même si certains éléments sont « grosstopically » au même endroit.  Certaines zones sont entièrement dans l’une des villes alors que d’autres sont « crosshatched », avec des occupants de Besźel et Ul Qoma. Et si un habitant d’une ville interagit avec l’autre, c’est une sorte de pouvoir spécial, incompréhensible pour les gens ordinaires, qui va intervenir, Breach, emmenant en général les gens qui ont traversé la frontière (même juste dans leur tête) vers des lieux inconnus. On ne comprend pas cela de suite, ce n’est pas expliqué tel quel dans les premiers paragraphes. On vit tout cela à-travers le regard de l’inspecteur Borlù pour qui tout ce contexte est naturel. Ce n’est qu’au cours des explications, de termes spéciaux, des références si particulières, que le lecteur saisit la finesse de cette double ville. Et c’est à ce moment-là que l’on réalise à quel point China Miéville est salement doué pour nous pondre des environnements si particuliers et des ambiances si dépaysantes.

Avec son écriture de qualité, amenant ses néologismes qui deviennent en fait des termes comme les autres au fur et à mesure de la lecture, l’auteur nous plonge dans une intrigue aux ramifications importantes, puisant sa source dans la spécificité de la ville. On suit l’enquête au fur et à mesure des découvertes de l’inspecteur curieux, on découvre les différentes trames, les niveaux de manipulation, et on se prend au jeu, acceptant la spécificité si déroutante de cette double ville. C’est prenant, tendu, et on a vraiment envie d’aller au bout. de découvrir le qui-pourquoi-comment. Un vrai bon polar donc, planté dans un décor solide et finement détaillé. On hésitera à le qualifier de SF car finalement tout est expliqué sans réel recours à autre chose que notre réalité, et pourtant l’univers est si déroutant que l’on ne peut croire qu’il s’agit de notre monde. Une excellente lecture…

 

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