Le sentiment du fer

Bon ben voilà, on continue avec les bouquins copinage puisque ce Sentiment du fer est écrit par Jean-Philippe Jaworski. Je vous en avais parlé en découvrant ses excellents Janua Vera et Gagner la Guerre, alors que j’avais été moins enthousiasmé par Même pas mort. Avec ce recueil de 5 nouvelles, je retrouve avec plaisir le Vieux Royaume et ses histoires passionnantes. A nouveau, au-travers de ses différentes nouvelles, l’auteur nous emmène à la découverte de son univers médiéval-fantastique. J’y replonge avec joie, porté par la maîtrise de la langue et de l’écriture.

Jean-Philippe aime les beaux mots et le fait savoir. Chaque page, chaque paragraphe, chaque ligne est travaillé. La richesse du vocabulaire, les différents champs lexicaux, les divers niveaux de langage, tout est parfait et colle toujours au fonds.

Dans la première nouvelle éponyme, on retrouve un de nos maîtres assassins de la Guilde des Chuchoteurs, bien connue des lecteurs de Janua Verra et Gagner la Guerre. Le héros use de l’argot de sa guilde, et bien que beaucoup de termes me soient inconnus, le contexte a toujours permis de comprendre. Bien entendu, derrière un contrat tut simple se cache quelque chose de plus gros, et j’aimerais bien avoir la suite de ces aventures. A noter que la nouvelle fait beaucoup de référence aux Elfes, à un en particulier ; et c’est presque dommage, car comme je l’avais dit pour les autres bouquins dans cet univers, l’utilisation de ce peuple donne un côté presque trop « cliché de fantasy » ; c’est dommage mais ces peuples typiques de la fantasy sont plus ou moins le fil rouge de l’ouvrage alors qu’ils étaient bien laissés de côté jusque là.

« L’Elfe et les égorgeurs » a pour principal personnage un Elfe justement. Et du coup on se rapproche à nouveau plus de fantasy classique. Mais le texte est bon, très bon. Le personnage principal est un manieur de mots, un poète, et du coup l’auteur se lâche avec de belles tournures et avec de jolies phrases. Se met alors en place une sorte de joute verbale entre la finesse et la lourdeur, entre la maîtrise et l’incompréhension. Une référence aussi aux 1001 Nuits.

Dans « Profanation », on ne touche pas aux Elfes cette fois, mais plutôt à une sourde menace mystique. Le héros est à nouveau un beau parleur, permettant à l’auteur de se lâcher avec des tirades incroyables. Et tandis que le personnage part dans ses grandes envolées, on découvre sous tout cela une terrible magie à l’œuvre dans le Vieux Royaume.

« Désolation » lâche les Elfes aussi, mais pour se tourner vers les Nains. A nouveau du coup on se rapproche de poncifs de la fantasy, mais traités de manière tout-à-fait sympathique par l’auteur. Les Nains mineurs, creuseurs, aimant l’or, avec des haches, bastonnant les gobelins. Très classique. Oui mais il y a ce twist avec leurs servants, ces sous-êtres exploités, asservis.  Et puis cette menace du dragon qui rôde en permanence sur le tout.

Alors que j’ai dévoré les quatre premiers textes qui m’ont tous beaucoup plu, j’ai eu de la peine avec le dernier, « La troisième hypostase ». Ca me fait le même effet que la nouvelle éponyme de Janua Vera, celle d’un truc à part qui ne colle pas au reste. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, à me plonger dans l’intrigue, je n’ai juste pas croché. On a une magicienne humaine vivant auprès des Elfes, ayant tout appris de l’un de leurs grands magiciens et maintenant pourchassée par un sorcier malveillant. On est dans un truc onirique bizarre, trop bizarre. Alors oui la maîtrise de la langue et de l’écriture est toujours là, mais le texte en lui-même ne prend pas.

Une très bonne lecture au final (sauf la dernière nouvelle), avec un livre court et rapide. J’aime beaucoup ce Vieux Royaume, j’aime l’écriture de Jean-Philippe, j’aime ce qu’il fait, j’aime son univers, et je vous conseille donc cette lecture.

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