Janua Vera

Voilà, j’ai achevé la lecture du recueil de nouvelles de Jean-Philippe Jaworski..

Ben dis donc c’était drôlement bien. Et je dis pas ça juste parce que j’ai eu l’occasion de côtoyer le monsieur sur des forums ou parce que c’est un auteur de jeux de rôles (bon, d’accord, c’est par ce biais que j’ai eu vent du bouquin). Non, je le pense vraiment. C’était une très bonne lecture avec d’excellentes surprises. Avec ce recueil, Jean-Philippe nous fait donc découvrir le Vieux Royaume, un univers imaginaire de fantasy. Au fur et à mesure des textes, on saisit des aspects différents du monde et on y entre progressivement. On se fait rapidement happé dans un univers cohérent, solide, bien ficelé… Petit avis sur les nouvelles prises une par une :

Janua Vera : cette nouvelle éponyme du recueil est pour moi la moins bonne. Je suis content qu’elle soit courte et que je ne sois pas resté sur l’impression qu’elle donne, car j’aurais peut-être décroché. Cette histoire d’un Roi-Dieu, seigneur du coin, qui cauchemarde un destin terrible, ben ça le fait pas je trouve. Trop grand, trop gros, trop peu tangible. Et puis j’ai eu un peu de peine avec la langue où j’ai trouvé certains mélanges de temps pas très heureux. Je trouve cette nouvelle très dispensable, et je conseille directement de passer à la suite, désolé…

Mauvaise donne : là par contre, on touche au meilleur du recueil pour moi. Cette nouvelle, la plus longue, nous compte les soucis que vit don Benevuto Gesufal, assassin de son état, qui se retrouve prix dans une intrigue politique le dépassant largement. Tout débute par un simple et habituel contrat, mais le héros va vite déchanter et se retrouver embarqué dans un truc bien sordide. Non content d’être un bon assassin, c’est aussi un gars futé, et c’est cette intelligence qui va le sortir de ce faux-pas. Des situations intéressantes, une intrigue bien foutue, une ambiance sympa, des personnages attachants, que du bonheur. Au final, la nouvelle ressemble à un gros prologue pour des aventures à venir ; et justement don Benevuto est le héros du premier roman de Jean-Philippe, Gagner la guerre, qui figure déjà sur ma wishlist Amazon. J’aime beaucoup ce héros pas classique, un type qui agit du mauvais côté de la loi et qui n’est pas exempt de défauts, un sale type en fait, mais qui se révèle attachant, avec son caractère bien trempé et un sens de la répartie cinglant. Et une magnifique plongée dans une ville décrite de bien belle manière, qui fait fonctionne à plein régime l’imagination du lecteur et qui montre la profondeur de l’univers imaginé par l’auteur. Que du bonheur…

Le service des dames : Ici on plonge dans la vie des nobles, de leurs tromperies, duperies, traquenards, et autres coups fourrés. Un groupe de trois héros va se retrouver plongé dans une histoire dont ils se seraient bien passé. Une belle preuve que le comportement chevaleresque attire au final autant de problèmes que l’illégal don Benevuto de la nouvelle précédente. Texte très sympathique qui permet de découvrir d’autres aspects de l’univers.

Une offrande très précieuse : Pour montrer la diversité de l’univers proposé, l’auteur nous met ici comme narrateur, un personnage à l’opposé des autres, puisque membre des tribus « barbares » venant s’amuser avec quelques raids dans les terres dites civilisées. Autre point de vue, autre ambiance, mais toujours ce même travail à nous rendre le monde prenant et crédible. Une plongée au sein de mythes antiques et de mystères. Mais aussi un lien avec la nouvelle précédente, certes petit mais qui tisse un fil global sur ce Vieux Royaume. Prenant.

Le Conte de Suzelle : jolie histoire, bien que le dénouement soit gros comme une maison et qu’on le voie venir à des kilomètres. Mais ce texte vaut surtout pour nous montrer comment vivent les gens simples de la campagne du Vieux Royaume. Après les nobles, les citadins, les barbares, on aborde ici un autre pan du monde avec un certain bonheur. Et la précision apportée au rythme de vie est un pur bonheur tandis que l’on suit la vie de la petite Suzelle et de sa rencontre si étrange.

Jour de guigne : Un tout bon moment du recueil, abordant cette fois la vie des lettrés en ville. Une intrigue qui commence sur les chapeaux de roue, avec un humour certains, où l’on se prend à sourire des malheurs rencontrés par le héros. J’aime beaucoup l’explication de ces malheurs, un truc que je trouve sympa et plutôt nouveau, intéressant ; je le retiens d’ailleurs. Et puis l’utilisation finale de ces malheurs, pour une conclusion qui va bien au-delà de ce que le début nous laissait présager, qui dépasse notre héros.

Un amour dévorant : la vie des paysans, les mythes et mystères d’un petit village. Tout se perturbe avec ces ombres que seuls les gens du crû perçoivent. Qu’en est-il? Quel rapport avec le passé? Qui arrivera à démêler ces fils afin de rendre la tranquillité à l’endroit? A nouveau, on plonge au coeur de spécificités du Vieux Royaume et on se fait happer par une intrigue que l’on veut voir résoudre.

Le confident : ce petit texte final est l’occasion de revenir en détails sur l’une des religions bien spécifiques de cet univers, sur la vie de l’un de ses religieux. Mais aussi d’amener un petit twist final sympathique.

Au final donc, vous aurez compris que je suis convaincu et que je conseille fortement cette lecture (et pas que par copinage). Une nouvelle un peu décevante, mais dans l’ensemble c’est très très bon. Surtout que le tout est porté par une langue d’une qualité rare, pleine de mots extrêmement bien choisis. L’auteur s’y entend pour poser une ambiance et vous y plonger. Tout y est. Les sens sont tous mis à contribution et on voit se dérouler les événements, le tout dans un univers vivant et crédible ; et ça, en fantasy, c’est pas tous les jours.

Quelques défauts pour finir quand même… La langue dont je parle plus haut rend le tout pas évident d’accès. Il y a beaucoup de termes obscurs, nécessitant une sacrée culture ou un recours au dico pour s’y retrouver ; alors oui, écrire bien c’est une chose, mais je pense que le recueil n’est pas accessible au premier venu. Dommage, peut-être. Et puis y’a les elfes 8et même les nains)… que viennent-ils faire là? Ca m’a tout saboté certaines ambiances en fait. Ces créatures sont trop connues, trop connotées, trop particulières dans l’imaginaire collectif. Difficile de se les approprier sans convoyer tout un passif pas toujours reluisant. J?aurais largement préféré des « peuples anciens mystérieux », peut-être plus proche des Numenoréens ou de l’Atlantide, plus humains tout en étant à part, je ne sais pas… Et puis y’a le premier texte, que je trouve dommageable, d’autant qu’il n’ouvre pas le recueil en donnant ue bonne impression de ce qui vient après, il est le seul texte dans cette veine.

Bref, je vous conseille cette lecture. Et je me réjouis d’attaquer Gagner la guerre

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