Blade Runner 2049

Difficile de passer sur ce genre de projet. Blade Runner est un monument de SF et de cinéma, et du coup se lancer dans une suite qui reste dans le moule tout en se démarquant, cela relève presque du masochisme. Il y a un tel troupe de fans hardcore du premier film que le réalisateur qui s’y colle sait d’avance qu’il sera attaqué. Même quand il s’agit de Denis Villeneuve, dont j’ai déjà beaucoup apprécié Prisoners et Sicario.

Pour rappel, Blade Runner est inspiré d’une nuvelle de Philip K. Dick. Le film suivait Rick Deckard, détective spécialisé dans un futur sombre. A cette époque, on a des androïdes très difficiles à différencier des humains, les répliquants, dont certains se révoltent, et qu’il faut traquer. Les spécialistes de cette traque (avec les éliminations qui s’ensuivent, ce sont des Blade Runner, et Deckard en est un bon. Partant à la poursuite de réplicants violents, il va être mis face à pas mal de questions sur l’humanité et sa définition. Le tout dans un cadre de SF cyberpunk absolument dément, avec un film certes lent mais qui plonge le spectateur dans une ambiance absolument incroyable aux relents retrofuturistes.

Blade Runner 2049 se déroule 30 ans plus tard. Entretemps, il y a eu un grand black-out qui a causé la perte de tout plein de données. Et de gros soucis d’alimentation et de climat sur la planète. bref, c’est vraiment pas la joie. Dans cette ambiance tendue, un blade runner enquête sur des réplicants et va suivre une trace qui le mènera non seulement à la rencontre de Deckard, mais aussi à se poser encore plus de questions, à dépasser les limites de la définition de l’Humanité.

Ce film est un film à vraiment voir sur grand écran. Il est magnifique, les plans et la photographie sont superbes, la mise en scène est incroyable, les images sont complètement dingues et magnifiques. Avec en plus une musique enivrante et entêtante démultipliée par les systèmes de son d’une salle de cinéma, c’est un véritable voyage qui nous est proposé. Au-delà de l’enquête, lente (encore plus que celle du 1er?), c’est le monde, l’environnement, l’ambiance qui prime. Et ces interrogations, ces messages… Qu’est-ce que l’Humanité? Comment définir un être humain? Où se trouve la limite si certaines créations peuvent exprimer des émotions? Peut-on aller plus loin? Que faire avec ces androïdes, IAs, hologrammes (aller jusque dans la plus profonde intimité, comme dans cette scène dérangeante et hallucinante avec la prostituée)? Et la science peut-elle tout se permettre? Doit-on faire quelque chose juste parce que l’on peut le faire ou bien l’éthique vient-elle s’interposer? Où s’arrêter? L’état catastrophique du monde pose aussi la question de la durabilité, de l’environnement, de l’écologie, de la préservation des ressources.

Avec cette mise en scène magistrale, il fallait des acteurs qui tiennent la route. Ryan Gosling est monolithique, d’un bloc, calé dans le rôle. Harrison Ford est égal à lui-même, toujours à jouer les rebelles, les durs, malgré l’âge qui commence à se faire sentir. Jared Leto est complètement habité par son rôle hypnotisant (même si dans le fond les motivations de son personnage n’ont rien de transcendant). Ana de Armas a le rôle difficile d’une IA de compagnie apparaissant sous forme holographique, et lui donne un poids très fort. Prestation étonnante de Dave Bautista qui utilise certes sa carrure, mais pas que. Robin Wright est comme toujours très bien aussi. Et on peut encore noter les bonnes performances de Sylvia Hoeks et Carla Juri. Un beau casting donc, pour donner vie à des personnages pas forcément complexes mais pris dans des questionnements profonds.

Alors oui Blade Runner 2049 est lent, il se situe à des années-lumières des codes de la SF actuelle qui veulent que tout aille très vite avec plein d’action dans tous les sens. Le film est long (pas loin de 3h) et du coup il y a 2 types de public. Ceux qui vont plonger dans l’univers et dans sa mise en scène, qui vont rentrer dans ces scènes contemplatives superbes, qui vont se tripatouiller le cerveau sur les thématiques du film (et il vaut mieux avoir le 1er film bien en tête car même si 30 ans se sont écoulés cela n’en reste pas moins une suite). Et ceux qui attendent un film d’action et de la SF, une enquête bourrine qui claque et des explications à tout ; ces derniers vont être déçus. Je ne le suis pas. Le film est splendide et m’a plongé dans un univers ultra immersif. Comme d’habitude, il faut savoir à quoi on doit s’attendre pour ne pas être déçu. Alors oui il a ses défauts (quelques longueurs, quelques trous scénaristiques), mais nettement moins que la plupart des grosses productions… Du bonheur!

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