Merhaba

C’est le troisième roman de Julien Heylbroeck que je lis (après Stoner Road et Malheur aux Gagnants), et je ne suis toujours pas déçu (je promets qu’il ne couche pas pour que je dise ça de lui). Encore un gros changement de ton et de style, et encore une réussite. On est ici dans un format beaucoup plus court, un bouquin qui se lit en peu de temps et qui sait prendre aux tripes.

Merhaba nous fait suivre les traces de Thomas, assistant social qui travaille dans une association à aider les migrants qui débarquent en France. Lorsque l’un de ses bénéficiaires érythréen est retrouvé assassiné et que tout semble accuser d’autres migrants du même pays, il sent le truc louche. Comme le dit le résumé du bouquin, ceci se confirmera avec l’arrivée sur son bureau d’une clé USB contenant des informations hautement sensibles. Voici notre assistant social plongé au cœur d’une conspiration de grande ampleur.

OK, dès le début j’ai complètement plongé dans le roman. Après un prologue posant l’ambiance, les premières pages m’ont fortement touché. On y voit une famille migrante désespérée, sans le sou, sans logement, avec un assistant social bloqué par de trop faibles moyens. Comment dire? Ah oui ça fait assez écho avec ce que je vis au boulot (enfin, davantage l’ancien que l’actuel, mais quand même). Il faut dire que l’auteur est lui-même assistant social, super engagé, et à fond dans ce qu’il fait. Du coup difficile de ne pas voir un gros côté autobiographique dans l’assistant social Thomas ; si on ajoute le côté barbu, les goûts musicaux et l’amour de la bonne bière, on peut effectivement dire que Thomas a beaucoup de Julien en lui. Mais dès lors, on ne peut que réaliser à quel point les situations rencontrées sont fortes. Certes l’intrigue est une fiction, mais la toile de fond est super solide et complètement maîtrisée par l’auteur. On sent une grande précision, et beaucoup de réalisme ; les pages dédiées à la description de la situation en Erythrée sont vraiment formatrices, et ce sans lourdeurs. On sent l’auteur engagé.

Le livre bénéficie toujours de cette écriture de qualité, prenante, directe, comme les autres bouquins de Julien. Le truc est bien mené, l’intrigue suit un très bon rythme et le livre vous happe. On vit cette aventure, on est vraiment plongé dedans. Le tout est très visuel et on verrait très bien les scènes portées à l’écran.

Je regrette juste une fin un peu bâclée à mon sens, menée avec une sorte de deus ex machina qui résout le truc tranquillement. On passe d’un climax tendu à une fin trop facile. Un défaut que je sais retrouver dans la plupart de mes textes aussi, car une bonne conclusion se révèle toujours très ardue. Voilà, c’est donc un peu dommage que toute cette tension construite auparavant se termine un peu trop rapidement.

Merhaba est un très bon bouquin. un polar prenant et soutenu, mais aussi un livre permettant de mieux comprendre le malheur des migrants (et ça c’est bien pour sortir un peu de certaines idées préconçues). Je recommande donc chaudement.

Et au passage, un gros like pour la superbe couverture.

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