Glass

Il y avait eu Incassable, avec son David Dunn se découvrant doté d’une force incroyable et invincible, se transformant en justicier face à un Elijah Price qui mettait son intelligence supérieure au service du mal ; le tout sur fond d’analyse des comics et de leur rôle sociologique. Quelques années plus tard, Split débarquait, avec son incroyable Kevin Crumb aux 23 personnalités, qui enlève des jeunes filles devant lesquelles se révèle finalement une 24ème personnalité, La Bête.

Avec Glass, M. Night Shyamalan boucle sa trilogie en posant l’affrontement entre ces trois hommes. Devenu « La Horde », Kevin continue à enlever et tuer. De son côté, David tient avec son fils Joseph un magasin de sécurité, mais il patrouille aussi la ville pour mettre hors d’état de nuire des petits criminels ; en binôme, tel un super-héros et son acolyte qui le guide en étant connecté, ils cherchent aussi la Horde. Kevin et David vont se retrouver enfermés dans un hôpital psychiatrique, là où se trouve aussi Elijah. L’affrontement est programmé…

Glass est une sorte de respiration dans l’avalanche de films de super-héros actuels. Pas de monde à sauver, pas de menace titanesque, pas d’affrontement homérique devant les caméras du monde entier avec destructions à la pelle, pas de costumes ridicules, pas de surenchère. On est ici à la base du principe de super-héros, avec une relecture (au travers d’Elijah qui est un grand connaisseur) des différentes étapes-clés des comics. Ce média a ses particularités, son rythme, ses éléments incontournables. Un (tout petit) peu à la manière dont Scream déconstruisait les principes du slasher et nous les expliquait pendant le film, tout en étant un slasher. On en revient ici aux bases et à la sociologie du héros, à son rôle et au pourquoi de la réussite de ce genre. Alors certes du coup ça fait presque cheap, léger, de voir deux gars se bastonner sans se faire écrouler d’immeuble sur la gueule, par rapport au paysage cinématographique actuel (et ce ne sont pas les tout proches Captain Marvel et Avengers Endgame qui vont me contredire). Mais le but n’est pas le même. Sans dire que l’on est dans un film fin et subtil, on est quand même dans le plus réfléchi que les habituels Marvel/DC.

La réalisation est du coup assez sobre, s’attardant bien davantage sur les personnages, leurs échanges, les dialogues et les regards que sur les scènes d’action. Un soin tout particulier est porté à l’utilisation des couleurs, puisque chacun des trois personnages principaux a sa couleur fétiche qui revient encore et encore, même s’il change de tenue. On notera aussi une tendance à filmer très très près des personnages, parfois en suivant vraiment leur mouvement. Également une tendance à voir par leurs yeux. Mais au final rien de vraiment transcendant niveau mise en scène. M. Night Shyalaman (Sixième Sens, Le Village, The Visit,…) nous remet encore une fois une couche de twist final. On sait que cela va arriver car c’est un peu sa marque de fabrique. Sauf qu’en fait de twist final, on en a un double.

Devant la caméra, on a nos trois acteurs qui retrouvent des personnages forts et marquants, avec des styles bien précis qu’ils appuient. Bruce Willis se pose à nouveau en type droit, solide, sobre, honnête, défenseur des innocents ; il n’est plus tout jeune et avec sa barbe il a vraiment le ton du héros malgré lui usé par la charge qui lui incombe. Samuel L. Jackson est très bon en homme physiquement fragile qui utilise une intelligence hors du commun sur des plans complexes ; il passe d’un type drogué aux médicaments à un manipulateur de première, et donne beaucoup de prestance à ce personnage. Mais c’est James MacAvoy qui claque le plus, comme déjà dans Split, avec cette capacité à passer d’une personnalité à l’autre, à interpréter des personnages si différents dans une même scène ; je regrette sur le coup de l’avoir vu en VF mais bon les potes ne maîtrisent pas tous la VO ; c’est à nouveau une prestation assez dingue. A leurs côtés, on retrouve trois personnages très humains en soutien de chacun de ces héros/vilains, Anna Taylor-Joy (The Witch,…) la survivante de Split avec un rôle ambigu par rapport aux différents personnalités de Kevin, Charlayne Woodard qui était déjà la mère protectrice d’Elijah dans Incassable, et Spencer Treat Clark (Minority Report, Mystic River, Agents of Shield,…) qui était déjà le fils adorateur de son père dans Incassable. Six personnages qui s’articulent en trois duos (chaque héros avec celui qui le ramène à son humanité) et en deux trios (les « super » et les normaux), avec des dynamiques bien pensées. Il ne faut surtout pas oublier là-dessus Sarah Paulson (American Horror Story,…), dans le rôle essentiel de la psychiatre qui tente de gérer nos trois « super ». De jolies prestations qui donnent de la force au film.

Au final c’est un bon film que voilà. Pas transcendant non plus. Mais bon, en particulier dans sa dynamique avec les 2 autres qu’il est un peu obligatoire d’avoir vus pour bien comprendre les enjeux. Bonne réflexion sur les comics et leur sociologique. Et puis de bons acteurs dans des rôles qui deviennent un peu iconiques, représentatifs, puisque justement on nous explique que tout cela est la mise en image de scènes et personnages classiques. J’ai bien aimé.

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