Westworld – saison 01

Je me souviens vaguement avoir vu il y a pas mal de temps Westworld (Mondwest en français), le film de Michael Crichton (oui le même que le roman Jurassic Park qui a inspiré le film, entre autres) avec Yul Brynner sorti en 1973, sur ce parc d’attraction ambiance western animé par des robots qui divertissent les clients mais qui vont finir par péter les plombs et se révéler dangereux. je ne me souviens plus de grand chose si ce n’est ce putain de look de Brynner en robot cow-boy. Ce film a pas mal marqué l’histoire de la SF sur grand écran. Et c’est l’année passée qu’a débarqué sur HBO la série Westworld inspirée de ce film. Créée par Jonathan Nolan (le co-scénariste de son frère Christopher mais aussi créateur de Person of Interest) et Lisa Joy, avec entre autres JJ Abrams à la production, le tout sous la houlette de la chaîne HBO qui a mis le paquet, cette série s’annonçait particulièrement bien. Et je n’ai pas été déçu.

On a donc un gigantesque parc d’attractions recréant tout un environnement de western, dans un futur où la technologie permet de jolies choses. A la manière d’un jeu vidéo, on y trouve une ville centrale où débarquent les invités, avec des aventures à vivre assez basiques ; et plus on s’en éloigne, plus les choses deviennent complexes et difficiles. On trouve partout des histoires prêtes à être vécues, des quêtes, des pistes de scénarios et d’aventures, là aussi comme dans un jeu vidéo (d’ailleurs il semblerait que Nolan ait cité des jeux vidéo comme inspiration justement, et des très bons genre Bioshock, Red Dead Redemption, GTA ou Skyrim). L’endroit est peuplé de robot, les hosts, à l’apparence réellement humaine (ou animale pour les cheveux, poules et autres chiens) qui vont interagir avec les humains (guests) ayant les moyens de payer leur visite du parc. Il est impossible pour un guest d’être blessé, et encore moins tué, dans le parc. Les robots, eux, peuvent s’en prendre plein la gueule, et c’est d’ailleurs le cas ; beaucoup de visiteurs viennent là pour relâcher certaines pulsions de violence et/ou sexuelles qu’ils ne peuvent exprimer dans la vraie vie. Un immense terrain de jeu, des centaines de figurants, des aventures incroyables, du suspens, tout y est pour que les visiteurs en aient pour leur argent. Et puis c’est facile avec ces robots ; une fois abattus, on leur zappe la mémoire et on leur replace à leur rôle pour les visiteurs suivants. Oui mais voilà, que se passe-t-il quand les robots commencent à avoir des rêves, des souvenirs, une mémoire? Quand un homme parcourt le parc en déconstruisant les histoires proposées? Quand on est face à de l’espionnage industriel? Quand les dirigeants se tirent dans les pattes? Quand certains visiteurs se prennent un peu trop au jeu? Au-travers d’une narration un peu complexe, alternant réalité, rêve, présent, passé, futur, ainsi que différents personnages qui ne se croisent pas, la série nous emmène dans ses réflexions et ses questionnements.

Parce que au-delà des différents fils scénaristiques, des aventures des différents personnages, dans le parc ou dans ses coulisses, ou à différentes époques, on a surtout une série qui pose pas mal de questions. Comme ça à l’arrache, je citerais le développement de l’intelligence artificielle et ses dangers, la place du divertissement dans notre société, la mains-mise des grandes corporations, l’éthique, le fonds de l’être humain avec ses pulsions, la place du bien et du mal, notre rapport aux robots et à la technologie, qu’est-ce que la conscience et l’âme… Des thèmes bien contemporains, profonds, dont le traitement va parfois assez loin avec des réflexions un peu cryptiques, mystico-fumette même par moments. Oui, ce n’est pas toujours simple à suivre (d’ailleurs ne vous laissez pas arrêter par le pilote un peu cryptique et continuez avec le deuxième épisode qui nous propose une entrée bien plus accessible dans le parc). Mais il y a là pas mal de choses très intéressantes.

Et puis la série est juste magnifique. Le soin apporté à la réalisation est flagrant dans chaque épisode avec une mise en scène soignée et des plans qui en mettent plein la vue. Dès le générique (une tuerie!), on voit que l’on est face à quelque chose d’extrêmement esthétique. J’ai un gros faible pour ces immenses plans en extérieur, avec des paysages splendides très bien mis en valeur. Mais tout est à l’avenant, avec des décors et des costumes super travaillés, qui nous plongent aussi bien dans le parc western que dans les coulisses hyper-technologiques et lisses. On est sur HBO et c’est une série résolument adulte. Violence, nudité et sexe sont très présents. Il faut dire que l’un des thèmes principaux de la série est justement celui des pulsions fondamentales de l’humain, on traite pas mal des fameux Eros et Thanatos, et du coup ces éléments font partie intégrante de la série. On montre ce dont on parle, même si parfois cela va assez loin. Nudité frontale sans tabous, scènes de sexe prolongées, sang et démembrements divers, on a droit à tout cela oui. Et même si cela peut paraître juste vendeur, ce n’est jamais gratuit puisque justement la forme rejoint le fond. Jusqu’aux hosts montrés nus dans les coulisses, pour les priver de toute humanité, des tabous basiques de l’être humain, pour cristalliser leur différence.

La musique est elle aussi de haut vol. La bande originale, y compris le générique, est de très bonne qualité. Et on y retrouve, dans de jolies interprétations au piano mécanique, de nombreuses chansons, en particuliers du Cure, Soundgarden et plusieurs titres de Radiohead. ca fait toujours plaisir.

Mais bon, que serait un show sans ses acteurs? Et là encore on a droit à du très bon. Et pourtant il y a pas mal de rôles pas évidents, je pense en particulier aux hosts lors de leurs passages en coulisses par exemple. Le casting est emmené par deux grands noms qu’on ne présente plus, à la stature incroyable et qui posent des personnages complexes, subtils, tordus : Ed Harris et Anthony Hopkins sont vraiment impressionnants. A leurs côtés, on trouve d’autres acteurs qui font franchement forte impression. Evan Rachel Wood, absolument grandiose dans son personnage central, véritable pivot de l’histoire dans ses différentes époques. Thandie Newton, majestueuse. Jeffrey Wright (Hunger Games, Quantum of Solace) qui pose un personnage à deux facettes et qui tient l’un des plus gros twists de la série. Simon Quarterman, génial représentant de l’Entertainment, du créatif. Jimmi Simpson, nouveau visiteur du parc qui va être aussi notre porte d’entrée afin de découvrir les lieux. Et bien d’autres encore, tous sont très bons.

Une très bonne première saison donc, pour une série de qualité. Pas super facile d’accès, pas tous publics, mais HBO semble vouloir parier dessus puisque l’on parle de plusieurs saisons (ils n’ont plus que deux saisons de GoT dans les tuyaux alors il va bien falloir trouver autre chose, mais je ne suis pas certain que Westworld ait autant de succès, de par sa plus grande complexité). On a dans le final quelques éléments qui annoncent une suite, mais d’autres scènes font clairement assez « fin de quelque chose », et je suis du coup très curieux de voir comment la suite va s’engager ; je doute cependant que l’on revoit beaucoup la partie du parc dédiée au far west. Vivement la suite donc…

 

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