Seuls

Il m’aura fallu attendre la lecture des 10 tomes de la série Seuls parus à ce jour pour me décider à vous en parler ; je voulais être certain de ce que je voulais en dire. Ces 10 tomes sont séparés en divers cycles qui forment à chaque fois un arc scénaristique et apportent leur pierre à l’édifice ; les 5 1ers tomes pour le 1er cycle, les 4 suivants pour le 2eme, et on annonce les 5 suivants pour le 3eme (donc le 10eme ouvre ce cycle) et un 4eme et dernier cycle de 4 tomes.

Avec un dessin très accessible et des enfants comme protagonistes, la série est très orientée « jeune public », mais au fur et à mesure du développement, on arrive à une certaine complexité, à des éléments demandant une bonne dose de réflexion/abstraction et à des thématiques très noires et parfois même sordides ; d’autant qu’il y a quand même une dose non négligeable de sang et de violence. On va vite vers quelque chose qui colle à un public plus adulte, ou en tout cas plus ado. Personnellement j’aime beaucoup et je trouve que la série a beaucoup de profondeur.

Seuls débute avec des enfants errant dans les rues d’une ville. Personne à l’horizon. Ils vont se rencontrer. Cinq enfants seuls dans la ville, sans personne, aucun adulte et aucun autre enfant à portée. Après les premiers questionnements, les crises, les interrogations viennent les réactions logiques de la part des plus grands…. organiser la survie, avec les priorités de la nourriture et de l’abri. Car il y a des animaux sauvages dans les rues de la ville… et il semblerait que d’autres enfants traînent aussi par là, mais pas tout-à-fait aussi sympathiques. Très vite, l’aspect tendu du survival, un côté post-apo, vont prendre le dessus. Avec cette question lancinante du « mais où sont tous les autres et qu’est-ce qui s’est passé? » Le premier cycle va donner la réponse à ces deux questions, en gros du moins, avec une bonne grosse révélation.

Le deuxième cycle a donné beaucoup de chair à la série. Au-delà de l’aspect découverte et réponse aux premières interrogations qui a servi de fonds de commerce au premier cycle, il s’agit là d’aller plus loin. On aborde des côtés un peu complexes, avec des tentatives d’explications plus ou moins scientifico-psychologiques de l’état du monde et du statut de ces gamins. Avec aussi un déplacement des enjeux vers quelques chose de plus grand, de tendance à l’épique et au combat général du Bien contre le Mal (oui, avec des majuscules). Je dois dire que ce deuxième cycle m’a bluffé. autant le premier est excellent dans son aspect de survival, autant ce deuxième prend réellement de la hauteur et donne à la série une grande profondeur, qui sera parfois difficile à assimiler pour une part du jeune public à mon avis.

On notera un important travail aussi sur le développement des personnages qui, loin d’être monolithiques, évoluent au cours des tomes. Et aussi sur les particularités de chacun, du petit Terry avec ses réflexes d’enfant en bas âge, sa focalisation sur les jouets, etc., aux ados comme Leila et Dodji, bombardés chefs et responsables des prises de bonnes décisions. Au milieu de tout cela, les réalités inhérentes à leurs âges, comme la découverte de la vie, le sens de la mort, l’amour, la jalousie, etc. forment une part non négligeable de l’aventure.

Le scénariste Fabien Vehlmann, qui a repris en main rien que moins que les aventures de Spirou et Fantasio, donne libre à cours à une véritable mythologie dont les débuts de la série ne pouvaient laisser soupçonner l’existence ; le succès des ventes lui a probablement permis de s’étirer et de préparer les 4 cycles qui sont maintenant annoncés. De son côté le dessinateur Bruno Gazzotti (lui ayant travaillé une fort belle série aussi, à savoir Soda) réussit à parfaitement mettre en images une histoire à la fois dure et complexe, mais vue du point de vue d’enfants, ce qui n’est pas toujours facile. Un fort beau travail qui allie une forme et un fonds de qualité.

Une adaptation ciné est sortie en début d’année, reprenant visiblement le premier cycle. Ca a l’air pas mal du tout et je me réjouis de la voir.

Et hop le site de la BD si jamais, pour vous faire envie.

Et la bande-annonce du film qui donne pas mal l’ambiance…

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