Birdman

De nombreuses récompenses (entre autres Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur et César du meilleur film étranger), une mise en scène particulière, une histoire un peu barrée, des acteurs que j’apprécie… il était temps que je regarde ce Birdman qui traînait depuis un moment dans ma liste des « à voir ». On y suit un acteur anciennement très célèbre pour un rôle de super-héros, mais maintenant dépassé et un peu oublié, qui tente de se relancer et de prouver son talent en montant à Broadway une pièce, adaptation d’un roman. Les jours qui précèdent la première sont très stressants et le personnage principal va être confronté aux fantômes de son passé, à ses erreurs et regrets, à son rôle de père, à des amitiés, à une potentielle histoire d’amour ou juste de cul, aux défis professionnels et financiers, à son ancien rôle marquant (qui lui parle dans sa tête), et il ne sera pas facile de jongler avec tout cela.

Le gros truc qui surprend en visualisant le film, c’est qu’il est tourné comme un unique plan-séquence (à une exceptions près). Bien entendu, avec les effets spéciaux adéquats, on est face à un faux plan-séquence, mais le plus long faux plan-séquence du cinéma. Et je dois dire que c’est assez surprenant. Déroutant au début, ce système nous plonge en fait rapidement dans l’histoire et nous implique fortement aux côtés de tous les protagonistes. On se sent projeté au milieu de tout ce qui se passe, proche des personnages. C’est d’autant plus déroutant que le temps est parfois accéléré, le film se déroulant sur plusieurs jours en fait. On doit cette prouesse de mise en scène au réalisateur Alejandro González Iñárritu (The Revenant,…) qui réussit là un véritable tour de force. Le type aime se lancer des défis et là il a marqué le coup. Quand on ajoute à cela que l’histoire est loin d’être simple, qu’il y a de nombreux fils et de multiples thèmes et interprétations possibles, que la bande son est essentiellement composée de morceaux de batterie jazzys (en plus de quelques morceaux de musique classique), on comprend bien que l’on tient là un film hors normes.

Devant la caméra, le réalisateur a réussi à mettre des acteurs qui ont pu suivre les conditions très particulières de tournage, avec au premier plan un Michael Keaton (les Batman de Burton, Beetlejuice, Jackie Brown, Spider-Man : Homecoming,…)  en très grande forme, lui qui a dû sa renommée à un rôle de super-héros masqué alors qu’il est capable de bien d’autres choses ; il fait une interprétation mémorable d’un personnage riche et complexe, torturé. Face à lui, très bon en acteur fougueux et frimeur, avec sa part de complexité aussi, Edward Norton (Fight Club, American History X, L’incroyable Hulk,…). Parmi ceux qui m’ont marqué à l’écran, citons encore Emma Stone (Zombieland, The Amazing Spider-Man, Gangster Squad,…), Amy Ryan (Sur Ecoute, Gone Baby Gone,…) et Zach Galifianakis (Very Bad Trip,…). Des rôles pas toujours simples, dans des conditions de tournage particulières pour maintenir la continuité du faux plan-séquence, avec au final des prestations très réussies ; j’applaudis.

Au-delà de l’aspect technique (une franche réussite donc), je pense qu’on pourrait parler pendant des heures des thématiques du film, nombreuses, et traitées de manière assez juste. Au premier lieu le rôle de l’artiste, de comment on se conçoit artiste, et du regard que les autres nous portent. Avec ce côté de l’acteur enfermé dans un rôle, et la volonté de faire ses preuves. C’est là le fil rouge du film. A côté de cela, toute la question de la relation de couple, de la séparation, de ce que l’on devient après. Mais aussi la parentalité, avec cet âge compliqué de l’adolescence, de parents absents. On peut aussi y voir les regrets, le temps qui passe et les choses à côté desquelles on est passé, ce qui ne reviendra plus jamais. Le passé et les marques qu’il laisse, en bien ou en mal.

On a donc là un très bon film, d’une rare qualité esthétique et de mise en scène, avec un jeu d’acteurs impressionnant. Une bien belle réussite qui a l’immense mérite de sortir des sentiers battus. de ne pas être une énième adaptation/suite/remake/prequel/reboot dont Hollywood se pare quotidiennement. Un film surprenant, intriguant, qui interroge le spectateur, qui ne laisse pas indifférent. Oui, vous l’aurez compris, j’aime. Et je recommande.

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