Venom

Ah le parcours mouvementé des films de super-héros au cinéma avec le respect de quel studio a acheté les droits de quels héros à qui! Un gros bordel. Ici on a un cas d’école. C’était pendant longtemps Sony qui avait les droits de Spider-Man ; ils en ont fait une trilogie (celle de Sam Raimi, très sympa, surtout les deux premiers, le troisième incluant déjà une autre version de Venom), puis tenté de lancer une nouvelle série de films, mais qui s’est arrêtée après deux par manque de succès. Et là Marvel a récupéré à Sony les droits du personnage pour inclure Spider-Man à ses Avengers. Mais le reste des personnages spécifiques à Spider-Man reste dans l’escarcelle de Sony, à commencer par un de ses méchants emblématiques, Venom. D’où ce film, centré donc sur un super-vilain mais devenu héros et qui perd tout lien avec ses origines ; rappelons que le look de Venom provient quand même de son lien avec Spider-Man. Mais bon, passons et revenons au film en lui-même.

Nous suivons Eddie Brock, journaliste d’investigation qui aime aller triturer la merde pour révéler les complots des grands méchants riches et/ou politiques, et défendant le petit peuple. Le genre de gars qui appuie où ça fait mal et qui sait se faire détester des puissants. Mais qui du coup est bien apprécié dans la rue. En enquêtant sur un richissime magnat de l’industrie qui veut sauver l’Humanité, il découvre que ce dernier fait des expérience quelque peu mortelles sur des gens avec des organismes extra-terrestres. Accidentellement infecté lui-même par l’un de ces symbiotes, notre journaliste va devoir faire avec, et agir pour sauver la Terre d’une menace sérieuse, tout en restreignant les accès de sauvagerie de la bestiole.

Au-delà de ses histoires de droits, Venom a eu une production un peu compliquée. Le scénario a été remanié par de nombreuses mains, des changements de réalisateurs, une longue pré-production qui a finalement fait atterrir le truc entre les mains du réalisateur Ruben Fleischer (Zombieland). Avec un tel gars aux manettes, avec un personnage co-créé par Todd McFarlane, le film a longtemps été annoncé avec une classification d’âge type DeadpoolLogan, bref un film s’annonçant trash et violent ; pour au final se retrouver assez tardivement crédité d’une classification PG-13, donc très grand public, à l’instar de la quasi-totalité des films de super-héros. On se retrouve donc avec un héros qui bouffe des têtes en les arrachant, avec des démembrements, avec des rejets de symbiotes, avec des énormes lames qui déchiquettent, le tout sans une goutte de sang (enfin si on en voit un peu, une tache sur un t-shirt autour d’une plaie en fait). On a un duo Brock-Symbiote chacun avec un sens de la répartie et une grande gueule, qui ne mâche pas ses mots, mais le tout reste finalement très bon enfant. Bref, un truc où tu sens dans tellement de scènes qu’ils auraient pu tourner ça en truc très adulte mais en fait non ; d’ailleurs il paraît qu’ils ont coupé une flopée de scènes. Le résultat est donc un film très grand public (pas pour petiots non plus, mais grand public). Loin d’être mauvais, Venom a un bon rythme, il a son lot de scènes épiques. Il se permet quelque très jolis plans aussi. Il a ce qu’il faut d’humour et de love-story pour toucher tout le monde et le contrat du blockbuster est parfaitement rempli. Un mix réussi, mais qui reste un peu fade et en-deça de ce qu’aurait pu donner le film s’il n’y avait pas eu cette barrière de la classification. On regrettera peut-être un début un peu longuet avant que le film ne passe la seconde, mais c’est un principe  assez récurent dans les origin stories ; d’un autre côté, cela permet de s’attacher au héros, un personnage finalement assez sympathique sous ses airs de bad boy rebelle. J’ai aussi trouvé certaines scènes d’action un peu floues ; difficile de dire si c’est la 3D ou si le film est comme ça, mais la baston finale n’est pas super lisible du coup ; dommage.

J’ai franchement bien apprécié dans ce film la prestation de Tom Hardy (Sucker Punch, Inception, The Dark Knight Rises, Mad Max Fury Road, Taboo,…) qui joue sur son look de rebelle mal rasé un peu branleur pour poser un personnage charismatique (de par ses bonnes actions et ses révélations sur les méchants de notre société) ; et puis il s’en sort très bien pour ses scènes où le symbiote fait agir son corps, cet air de ne pas savoir ce qu’il fait et de se regarder faire. Il y croit et il y va, c’est très agréable. A ses côtés, le reste du casting fait quand même nettement plus fade mais sans gros ratage non plus. On a là  Michelle Williams (Shutter Island, Dawson,…) en femme fière mais amoureuse, Riz Ahmed (The OA, The Night of, Rogue One,…) en méchant à qui on cherche à donner de bonnes motivations mais qui en devient trop cliché dans son rôle de milliardaire prêt à tout, Scott Haze sympa en homme de main fonceur et obstiné, ou encore Jenny Slate dans le rôle de la scientifique au bon fond. Des rôles assez archétypiques sans grande profondeur en fait.

Au final, s’il rempli son contrat de blockbuster d’action divertissant, Venom est loin d’être un grand film mémorable. Il détend et il a droit à quelques bons moments. Mais il lui manque pas mal de profondeur et de travail. Et puis bon, un personnage aussi cruel et méchant qui retourne sa veste pour sauver la Terre en deux coups de cuillère à pot, c’est pas crédible ; pas le seul trou scénaristique du film, mais il fait mal. Un bon gros spectacle et une bonne performance de Tom Hardy, mais c’est dommage que ça n’aille pas plus loin que ça. On notera encore au passage les références à Spider-Man, au-delà du simple look du symbiote, avec l’utilisation à plus d’une reprise de poses typiques du Tisseur (la plus emblématique au sommet  de la tour) ; mais non chut, ce film ne fait pas partie de l’univers Spider-Man.

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